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JadeWeb
: Peux-tu
nous parler de ton travail de photographies peintes que tu as réalisé
à partir d’images de Gilles Berquet ?
Mïrka
Lugosi : Je me suis vraiment concentrée sur
ce procédé pendant une durée d’un an et demi/deux
ans. Ce n’est pas évident de lier la peinture et la photographie
sans que ce soit simplement de la mise en couleur. D’un point de vue
technique, mettre de la gouache sur une photo n’est pas facile, d’une
certaine façon je grimpe sur ses images avec mes fantaisies.
Cela fait ressortir mon côté surréaliste, dont
j’ai décidément beaucoup de mal à me défaire.
Je suis quelqu’un qui vit dans le rêve... J’ai tendance à
trouver mon univers trop fantaisiste et Gilles, lui, n’arrête
pas de me dire " mais non, non, au contraire j’aime quand
tu rajoutes de plus en plus de choses à toi. "
L’idée est qu’il ne faut pas que ce soit des photos de Gilles,
mais que ça devienne une image à part entière. Je
pense avoir réussi à un moment donné, à
avoir rajouté ma propre sensibilité. Quand nous nous
sommes rencontrés, nous avons beaucoup travaillé ensemble.
Moi je suis arrivée avec d’autres expériences et je
me suis livrée entièrement à Gilles, à
son appareil photo, nous avons beaucoup travaillé, de manière
très proche. Cela fait maintenant 7 ans que nous vivons ensemble
dans un lieu, où nous réfléchissons et nous travaillons
ensemble. Notre vie et notre travail sont complètement mêlés,
c’est pour ça que je me suis permis de me réapproprier
ses images, qui étaient nées finalement de notre rencontre,
de notre vie partagée, de notre rapport à la même
culture, aux même influences.
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| Deux
photos peintes de Mïrka Lugosi (cliquez dessus pour aggrandir) |
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En
tant que dessinatrice, tu utilises la photographie ?
Je
ne suis pas une grande dessinatrice, je n’ai pas un talent prononcé
pour le dessin pur, j’ai toujours travaillé en me servant de
la peinture comme source d’inspiration, puis j’ai découvert
des photographes qui m’intéressaient. La photographie comme
représentation de la réalité ne m’attire pas,
mais par contre quand elle commence à ressembler à de
la peinture, là ça m’intéresse. Je tiens plein
de cahiers pour entretenir mes idées et la photographie me
sert de base de travail. Je l’utilise comme déclencheur, comme
point de départ. Mais si elles sont trop fortes les photographies
ne peuvent pas m’inspirer.
Un
moment j’ai travaillé avec un garçon qui était
un collectionneur fou d’images. Par exemple, il découpait toutes
les femmes qui étaient dans la même position, et après
on mélangeait ces images, on changeait les têtes, puis
les bras, les jambes, on les démontait et on les remontait
entièrement, différemment. Je crois que je me suis un
peu perdue là-dedans, je préfère ce que je fais
maintenant. Je cherche d’autres manières de faire. Je m’acharne
même d’une façon que l’on pourrait considérer
comme complètement maladive, et Gilles me donne des conseils
pour me dire comment se placent les jambes, comment se place une main.
Je crois que j’essaie de contourner mon côté naïf.
Le
réalisme "photographique" est quelque chose que tu
cherches à atteindre ?
J’ai
beau regarder une photo pendant des heures et me mettre ensuite à
dessiner. Cela finit toujours par produite une espèce de distorsion.
Je crois qu’un moment donné je me suis fourvoyée dans
mon métier d’illustratrice de presse, en prenant trop de casquettes.
Pendant une période mon travail était étiqueté
" pin up " -au moment où je travaillais
à partir de photos, justement, où je devais décalquer,
reprendre. Ce monde naïf, mal foutu, c’est beaucoup moins intéressant
pour moi, alors que là en partant directement de photographies,
il se produit une sorte d’évidence où je me dis :
ma vérité, elle est là, c’est moi qui la capture,
en peignant par-dessus, d’une manière non photographique. Et
puis je me suis amusée et j’ai beaucoup appris sur l’anatomie,
à force de devoir réancrer des jambes, des bras. Il
s’agissait de resculpter l’image. Je suis partie de photos où
il n’y avait presque rien, Gilles me faisait des tirages très
gris, très pâles. Par exemple la photographie du carton
d’invitation, je lui ai demandé un tirage spécifique.
Il est gris pâle et je l’ai entièrement remodelé.
A la base je ne suis pas quelqu’un qui a une excellente maîtrise
de l’anatomie, et cela m’a permis d’apprendre, de progresser. Et c’est
vrai que j’ai eu du plaisir à partir d’autre chose que la feuille
blanche. J’aime bien dessiner, mais je n’aime pas que dessiner. En
fait ce que j’aime, c’est traiter les documents, et toute la période
où j’ai travaillé sur les photographies repeintes, ça
a vraiment été révélateur d’une autre
manière de générer un univers, en jouant avec
la lumière, avec des objets, un corps. Je viens de m’acheter
un ordinateur, je ne sais pas encore ce que ça va devenir,
pour l’instant, j’apprends.
Que
représente ton travail de modèle ?
Le
dessin ne me suffit pas, j’ai besoin de faire parler mon corps !
C’est vrai, je ne pourrais vraiment pas me contenter de rester devant
une feuille, j’ai besoin de faire autre chose, je ne sais pas, j’aurais
pu être danseuse. J’ai d’autres choses à exprimer et
la photo est là pour ça, elle me permet d’exprimer d’autres
facettes de moi-même. Gilles est excellent pour ça, dans
le sens où déjà nous sommes amoureux. Je lui
donne mon corps, mon âme, tout, je lui donne ma personne entière.
Ensuite, les femmes qui viennent travailler avec Gilles, pour elles
c’est comme une sorte de thérapie, de je ne sais pas quoi,
mais c’est magnifique. Lorsque tu pose pour lui c’est quelque chose
de toi-même que tu donnes, ce qui apparaît sur la photo
est de l’ordre de l’échange. Il y a un profond rapport de confiance,
tu peux te laisser aller à montrer tout, sans gêne de
rien, c’est un territoire magique. Je pense que c’est pour ça
que je lui ai donné autant. Je crois que ces photos réussissent
à faire passer quelque chose de moi qui soit profond, qui est
très intime, qui est de l’ordre de la pensée.
Exposition
Mïrka Lugosi - 11 janvier- 28 février 2002 - Vernissage
vendredi 11 janvier à partir de 20 h
Marquis,
22 rue Terme 69001 Lyon.
Programme
2002
1er
mars - 15 avril Caroline Sury
en avril, La Musardine Lyon expose Anne Van
Der Linden
Mi avril- 31 Mai Danny Steve
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