Tome 101 : "Le Cimetière des Dragons", aux Editions Delcourt.

Critique

alapage.comDepuis quand s'était-on enthousiasmé à ce point-là pour une saga d'heroic-fantasy, genre généralement inutilement rabâché par des auteurs en manque d'imagination sous trip tolkienien ? Peut-être depuis La Quête de l'Oiseau du Temps… dix ans déjà. La comparaison peut paraître abusive -l'histoire en décidera-, pourtant, d'un projet qui ressemblait à une boutade, Donjon est devenu une cohérente série drôle et poétique, ce qui peut paraître surprenant de la part d'une association aussi hétéroclite entre deux "stakhanovistes" de la BD…

On vous avait annoncé la création du pendant "obscur" de Donjon, il y a quelques mois. C'est désormais chose faite, avec ce tome 101 (!!!), en fait le premier tome de Donjon Crépuscule : Le Cimetière des Dragons. Cette fois, c'est Sfar qui tient plus fermement les commandes. Finie la ligne claire et naïve de Trondheim, c'est le trait plus hésitant mais plus pointilleux de Sfar qui prend le dessus. Graphiquement, c'est peut-être un peu moins convaincant, lorsque les personnages créés par Trondheim subissent ce "traitement de choc", mais c'est sans doute une question d'habitude. Le style Joann Sfar sied en effet beaucoup mieux à l'atmosphère sombre, "crépusculaire" donc, de cette nouvelle série. On replonge avec plaisir sur la Terra d'Amata, qui s'est mystérieusement arrêtée de tourner, laissant une moitié de son territoire dans la nuit la plus complète, et l'autre moitié sous un soleil de plomb. On retrouve nos deux héros, le dragon Marvin et le canard Herbert dans des situations on ne peut plus surprenantes et inattendues, mais ce sont surtout deux nouveaux personnages qui occupent le devant de la scène : une chauve-souris orpheline et un lapin rouge -pendant psychotique et anorexique du gentil Lapinot.

L'humour est encore présent dans cette nouvelle mouture, mais il se fait plus rare et se pratique "à froid". Plus tragique, plus violent, ce Cimetière des Dragons prend le lecteur de Coeur de Canard et du Roi de la Bagarre par surprise avec une fin étonnamment grave et une atmosphère quasi "eastwoodienne" -les héros sont fatigués. Comme pour La Quête…, les personnages récurrents évoluent, changent, passent du Bien au Mal sans qu'on s'y attende : la nouveauté, c'est ce télescopage entre les deux séries, ces nouvelles révélations qui en disent trop et pas assez. Vivement que la boucle soit bouclée -soit, si on calcule bien, 98 épisodes de Donjon pour rejoindre Donjon Crépuscule, ça laisse le temps de voir venir…

Vincent Montagnana

 

Critique

Parallèlement à la série Donjon, Donjon crépuscule met cette fois-ci Lewis au scénario et Joann au dessin. Le Cimetière des Dragons est en fait Donjon tome 101, et il se déroule 100 ans après les premiers épisodes.

Terra Amata a bien changé: elle s'est arrétée de tourner et les survivants vivent à la limite de la zone exposée au soleil brulant et celle de la nuit perpétuelle. Il en ressort une atmosphère globalement plus sombre non seulement à cause du crépuscule permanent mais aussi par l'hégémonie du sombre Grand Khan qui fait régner la terreur grace à sa Géhenne (sa milice). Les habitants sont donc soit plus soumis, soit plus marginaux, tel Marvin le lapin qui va souvent devoir faire jaillir l'hémoglobine pour survivre.

En ce qui concerne les personnages des premiers épisodes, dire qu'ils ont beaucoup changé est un doux euphémisme… Mais ne vous inquiétez pas, Joann et Lewis sont en train de nous concoter une véritable saga se déroulant sur plusieurs siècle, et ne cherchez pas, vous ne trouverez pas d'anachronismes.

Sekelle

 

Critique

Je l'ai lu et aimé. Comme le faisait remarquer quelqu'un (…), il est plus facile de descendre en flammes un album que d'expliquer pourquoi on l'a aimé.

Du point de vue du ton général, cet album diffère sensiblement des deux autres que compte déjà la série. Les personnages principaux sont toujours ici des anti-héros, mais ils le sont dans un sens plus affirmé. Dans "Coeur de canard" Herbert sauvait finalement le donjon et dans "Le roi de la bagarre" il apprenait finalement a se battre. Certes, rien ne se passait comme prévu, il allait de déboires en déboires, mais il finissait par remplir in extremis sa tâche. Ici, pas de « happy end ». Les personnages principaux ne font que connaître des déboires et à la fin personne ne gagne quoi que ce soit. La dernière planche nous montre au contraire des « héros » encore plus seuls qu'au début de l'album.

Certes cette histoire est encore teintée d'humour, de formules à l'emporte-pièce et d'absurdes scènes de combats, mais les échecs des héros prêtent moins à sourire ou alors d'un sourire noir. La conclusion de l'album elle-même n'est guère souriante : « les morts ne vont jamais nulle part » [1]. On retrouve donc les composantes "habituelles" de la série mais dans une version plus sombre.

Le graphisme participe de cette évolution, comme lors de la scène initiale : dessin moins « régulier », avec plus de hachures, que celui de Lewis, couleurs plus glauques. Il est délicat de parler du « graphisme de l'album » car l'album est loin d'être graphiquement homogène. Certaines vignettes sont du « pur » Sfar (la première scène où on voit le Shimøwitz) alors que d'autres ont un graphisme plus lisse et plus dénudé que celui de Lewis (gros plan sur Marvin lors des scènes de bagarres). Cette hétérogénéité est sans doute l'un des charmes de cet album.

L'histoire de cet album se déroule 100 ans après celle des deux premiers. Il était donc inévitable que l'on trouve dans "le cimetière des dragons" des références au passé. Comme on pouvait s'y attendre après avoir lu Joann Sfar décrire sur frab sa position face aux références, on en trouve peu dans cet album. On peut relever, entre autres, que la destruction de Zautamauxime (le village des lapins stupides) que Marvin avait prédite (quelque chose comme "je reviendrai pour massacrer vos petits enfants") a été réalisée. Dans la première vignette ou apparaît le Shiwømiz j'ai aussi cru reconnaître le "pustule" de Lapinot et les Carottes de Patagonie, mais il s'agissait peut-être d'une hallucination.

Et puis pour finir, ce que je n'ai pas du tout aimé : le logo "crépuscule" rajouté au le titre "donjon", sur la page de garde : le résultat est très moche.

Frédéric Vivien

 

[1] Cette assertion n'est-elle pas quelque part en contradiction avec l'existence des âmes et fantômes qui peuplent les albums ? ;-)

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