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Julien Jaffré

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CHRONIQUES #22

LAUDANUM Your place & time will be mine
(Monopsone/ Differ-ant) www.monopsone.com

Le monde s'était arrêté de tourner il y a quatre ans de cela, à la faveur d'un miraculeux album éponyme, confectionné par un jeune trentenaire originaire d'Orléans, Matthieu Malon, plus connu jusqu'alors pour ses réflexions musicales sur le mode français. Un premier album de Laudanum, qui avait fait mouche non tant par simple effet de mode ou de découverte que par les qualités intrinsèques des mélodies et l'excellence de la production de l'ensemble. C'est sans doute aussi, un peu, l'union in-acoutumière de textes indolents et dénués de fioritures et de musique postrock-électro à la marge du symphonique (dans leurs montées en régime) qui faisait le charme de System On ; C'est sous forme d'une injonction westernienne, Your place and time will be mine ; quatre années plus tard, un album de remixes et quelques déboires pour son projet en français plus loin, qu'on retrouve l'esprit musical affûté du jeune homme, sa maturité également. Pas de répit, la mécanique fragile de Laudanum frappe dès le premier morceau, Collide, gansé du timbre de Cavil (acolyte de Quigley) avec une composition d'une énigmatique beauté, entêtante jusqu'à la lie, tour à tour gracile et sauvage. Fait suite une prestigieuse concordance de mélodies et d'auteurs., depuis Angil (unique rec.) le jeune talent montant à T. sur On the fire side. (album sur Hezfeld ). On retrouve également Christian Quermalet des Married Monk, Laetitia Sheriff, Noemie, Elsa d'acetate Zero ou Olivier des Go Go Charlton, etc.. Bien davantage qu'un recueil d'anecdotes, ces collaborations stigmatisent l'hédonisme musical qui caractérise Laudanum, n'hésitant pas à convier ,comme autant d'amis; les gens qu'il admire pour partager les lauriers de ses mélodies racées.

Une générosité sans faille qu'il a pris le temps d'exporter au fil de nombreuses collaborations antérieures. L'album, d'une singulière beauté, est pourtant sans doute un peu moins enclin à digresser sur le patrimoine rock, apparaissant plus compact, plus obscurci, plus ramassé autour d'une paire de mélodies, d'une galerie de sonorités, d'univers à mi-chemin de la Pop, du postrock, de la No Wave et de l'électro/ cold wave et d'influences diverses (depuis LCD Soundsystem , Taxi Girl, The Fall, A certain ratio, Talking heads en passant par Morissey, Brian Wilson ect.., pour n'en citer que peu…) qui achèvent de nous convertir. La rareté a un prix ! Courez vous procurer ce disque !

JASMIN ep02 - (Rotesonne Rec./ www.12rec.net)

Alexander Peterhansel, autrement connu sous son pseudonyme TILIA, sur Cronica ,à la mesure de collaborations choisies avec LALI Puna, vient resurgir à notre mémoire sous la gouverne de son patronyme Jasmin, via son label Rotesonne. D'une grande richesse narrative, le projet JASMIN s'inscrit dans le sillage de formations reconnues et appréciées, proche des grands lacs de Chicago, parmi lequel Ganger, Pullman ou Tortoise, en proue de navire, Sans doute l'aspect hautement méditatif, recueilli ainsi que le caractère répétitif et instrumental de leur musique influence cette inclinaison. Pourtant l'architecture sonore du projet, composée de A. Peterhansel, de Andreas Bernard et Christian Schwenkmaier ne se limite pas à ces seuls traits de caractère ; il se dissimule derrière Jasmin ce je ne sais quoi de charnel, empourpré de moiteur Jazz, d'effusion FREE, de narration Folk qui emporte l'engouement dès les premières notes comme ce fut le cas pour Ma chérie for Painting en d'autres temps et d'autres lieux. D'une splendeur opulente, les arrangements savent pourtant rester en retrait, faire montre d'une humilité rare, sorte de minimal guitare trio, prodiguant cette même inclination pour la simplicité que Rothko, ou Movietone.. En sus des quatre splendides morceaux, on retrouve la vidéo de Köln en fin de course, vidéo réalisée par monsieur Peterhaensel lui-même.

DEPHT AFFECT " Arche-lymb " - (Autres Directions In Music/ La Baleine)

On avait pu métrer la portée du talent de ce duo, issu d'un terreau commun où TPER, Abstract Kill Agram, ScottHeren (Prefuse 73), Donna Summer ou plus loin DJ Shadow et des labels tels qu'Anticon ou Mush ont leurs habitudes. Un univers Hip-hop matiné d'indélicatesse ill-bient et d'infiltrations expérimentales déjà entre aperçue sur Mesquin ep, leur première production parue déjà chez ADIM) Sans doute parmi les plus prometteurs rejetons de cette culture en mouvement perpétuel, Depht Affect avait par le passé ravi nos pavillons à l'audition de cette courte missive sur Autres Directions sous format de téléchargement libre. En prenant le pas d'une édition plus large, il a entraîné dans son sillage le groupe. Avec des concerts d'une rare intensité, aux côtés d'Alias, Dat Politics, Jan Jelinek, …ils ont su épaissir le vernis de leur arrangement. Le propos des morceaux, à cheval entre une mécanique hip-hop, quelques subterfuges électroniques et des accentuations mélodiques issues du Folk, superposent le charme de chaque style sans trahir la cohésion d'ensemble. Des titres tels que One Day Or So où le quatuor s'unit à Alias, ou encore cette collaboration avec Botanica Del Jibaro, membre de CYNE, ou bien Honey Folky et son rythme démembré et cajun dévoilent l'évidente ardeur à l'ouvrage, l'énergie, la gaîté, la fougue de ces jeunes bretons autant que leur profonde maturité dans la maîtrise des paysages et des environnements sonores. Un album d'une sulfureuse énergie dont le propos musical, pareil à un labyrinthe aime à égarer nos certitudes! Eminemment conseillé.

BLACK TO COMM Ruchwärts Backwards (Dekorder/ Metamkine)

Black To Comm, dont la maîtrise d'ouvrage est le fait de Marc Richter, par ailleurs éminence grise du label DEKORDER, monte à l'assaut du long courrier, après une courte série de 3 pouces d'une belle unité, mélange de ludicité /lucidité et de maturité consommée. Issu d'une trash Culture héritée des cut-up de la beat, du zapping de l'ère visuelle et des recyclages sonores de ces 30 dernières années, il apparaîtrait logique que Ruchwärts Backwards soit l'enfant légitime de ces miscellanées foutraques, d'apparence incohérente, mais assez représentatives, finalement d'une culture ouverte au monde, combinaison heureuse et non linéaire de genres et de styles. Pourtant, arguant contre sa pente naturelle à l'extraversion, Marc Richter semble plus enclin à nous livrer une symphonie de poche de l'ère post atomique. D'une sonate pour abeilles anéanties au Regent (Bees), à de très beaux moments de dérives ambiantes et aériennes (Levitations) ; de fields recording aux fragrances de vieilles cantates sépia et surannées (lucifer lacca) ; de drones subaquatiques ( Ruchwärts Backwards en atmosphères dérangeantes et abstraites, d'univers naïfs ou perturbants, le musicien nous promène de son no man's land personnel L'univers de Richter apparaît extrêmement cohérent, emplie d'une densité aérienne tout en gardant un propos expérimental et mélodique. Le résultat évoque un filin tendu en vibration constante, une noisy numérique blindée de larsens analogiques et de spasmes digitaux, où Marc Richter, récupère, étire, collecte, porte en vibrations les styles (Psychédélisme, Free-Jazz, musique Traditionnelle….) Sans jamais céder aux clichés rudimentaires ou aux redites faciles. Les amateurs de Drone rec., Ochre ou de Kranky se frottent déjà les mains.

THOMAS STRONEN Pholitz - (Rune Grammofon/ La Baleine)

Leader emblématique de Food, groupe dont les 2 précédents albums (Veggie (2002) et Last Supper (2004), ont marqué d'une empreinte profonde le rock atmosphérique. Thomas Stronen aime aussi cultiver ses jardins secrets hivernaux. Dans les lapses de temps qui séparent chacun des albums de FOOD, il s'octroie ainsi des trêves musicales, sous forme de collaborations aux côtés de Christian Wallumrod, Evan Parker, Ckada, Bill Mc Henry, etc.., de side-projects et coopérations : Parish, Supersilent, Maria Kannegaard Trio, humcrush ou de projet solo comme c'est le cas ici. batteur de formation, Pholitz, s'attache à étudier la mesure, le rythme comme matières dissonantes et non moins mélodiques. S'extirpant quelque peu des climats hivernaux et désertiques de Food, ce sont ici les frimas de traitements électroniques mêlés à des assaisonnements analogiques et des batteries électroniques qui tiennent le haut du pavé. Le climat est à la joie, une sorte de douceur printanière à mi-chemin de travaux électroacoustiques façon Ambiances Magnétiques et d'un savoir-faire ludique et numérique façonné par les gais lurons de chez Grammofon. Tour à tour fragile ou distraite, intriguante ou improvisée, sa musique évolue dans un climat proche des excursions mécaniques d'un Pierre Bastien, Klimperei ou de recherches de Reich ou consorts tout en gardant un aspect par moment traditionnel (l'homme apprécie la musique Gamelan) voire Jazzy par certains aspects. Un subtil album de plus dans la galaxie Grammofon.

THIS MELODRAMATIC SAUNA - et les fleurs éclosent à l'ombre (Effervescence/ )

Jonathan Seilman n'aura pas attendu son premier album pour nous émouvoir. Auteur d'un split 7' en compagnie de Stuntman 5 en 2001, aperçu sur le manifeste Effervescence une paire d'années plus tard, les apparitions sporadiques du jeune homme, mêlées à la belle réputation de ses prestations scéniques ( aux côtés de Devendra Banhart, Jackie O motherfucker, ZÜ, The patriotic Sunday, Chevreuil, Depth Affect…etc.) auront assis sa déjà plus toute jeune réputation de song writer émérite. Son actualité ne se résume pas à ses seules apparitions sous This Melodramatic Sauna, puisqu'il privilégie à l'occasion la réalisation de courts métrages (un coup de vent de C.Soares) , la basse au sein d'Argument ou encore les arrangements sur Lay Your Soul Bare des géniaux The Patriotic Sunday ou sur l'excellent dernier album d'Audiopixel, Memento Rumori. A l'heure des bilans, Et les fleurs éclosent à l'ombre semblent annoncer l'avènement d'une maturité de plus en plus affirmée. Entremêlant textures acoustiques et sonorités électroniques complexes, This melodramatic Sauna tisse avec les fils de lins rêches mais discrets de l'électronique et de ceux plus cotonneux du folk Rock, une étrange étoffe, légère, complexe, enivrante. Le quartet à cordes, vient soutenir les compositions, offrant à l'oreille un surcroît de mélancolie, contrastant s'il en est avec l'orchestration minimale que Jonathan Seilmman enjoint sur scène (Orgue analogique, verre de cristal, theremin, etc…) Un très bel album d'une envoûtante profondeur (à la façon des premiers Tellier/encre) qui compte quelques sommets de vibrations intérieures tels que home and way, for respect ou encore l'alchimie alcoolique pour n'en citer que peu.

PRINCESSE ROTATIVE culture teak (purée noire/ www.pureenoire.com )

La gageure du projet tient à cette réflexion : comment un garçon aussi calme et serein peut-il produire une musique aussi nerveuse et « vivante » ? La jeune princesse Rotative, soit Huko Yakami ou Zach Sanchel continue ainsi à distiller à nos oreilles, sur le mode rouleau compresseur, sa petite stratégie bruitiste, son traité de chaos sonore. Pourtant loin de toute anarchie ou nihilisme, la mécanique ne tarie pas de dynamisme, sa rancoeur servant son énergie et son humeur noire sa jovialité. Issu de l’underground des graphzines, Yannick LECOEUR n’a jamais pu vraiment choisir entre ses deux passions dévorantes, le dessin et la musique. Mieux qu’une mauvaise guerre, il aura choisi un bon compromis, celui d’afficher les deux. Au sein de l’excellent Graphzine Purée Noire, tout d’abord, avec une prédisposition marquée pour les traits énergiques et les comptines sibyllines. Un peu à l’image de ses dessins, sa musique est torturée, dégourdie, d’une fragilité et d’une poésie maîtrisée, un peu instable aussi, décalée. Comme sur son prédécesseur, Fabuleuse énergie féminine, Culture steak met en parallèle des univers paradoxaux, carcéraux, confinés et des grands boulevards de rythmes. L’usure et l’accident jouent ici un rôle primordial, donnant, au travers des failles de la mélodie et du rythme ce surcroît d’humanité au projet. Un album, qui contentera largement les amateurs éclairés des sphères de DHR, Cockrock disco et consort. Très bon.

THE GRIEF : best off (Optical Sound/la Baleine)

Alors que Vinyl on Demand réédite l'ensemble des démos-prototypes de compositions affiliées à Selektion et P16D4 , Pierre Belouin, homme artiste et homme orchestre de la structure Optical Sound, partie prenante dans l'art sonore et plastique contemporain n'a jamais caché son penchant naturel pour les artistes premiers qui ont concouru à faire muter le genre électronique à l'orée des années 1980'. Il l'a prouvé très récemment au détour d'une double compilation à l'honneur de cette scène oubliée et/ou méconnue (Echolocation) ou au détour de DVD mettant à l'honneur cette scène ( RVB transfert). Le personnage est pugnace, têtu, passionné pour l'essentiel et loin de s'arrêter en si bon chemin, il creuse un peu plus encore l'analyse en éditant les principales compositions de The Grief, collectif né des cendres des musiques punk, proto-industrielles No wave, à cheval sur le happening, la performance, l'acte musical, la photo. The Grief, loin des formations clichés de l'époque se révèle un groupe majeur, sous couvert d'un esthétisme situationniste (si ça peut exister) avec des compositions émancipées des modes qui pourraient dans un jeu élégant d'étiquette, les apparenter.à cette génération de défricheurs instables et non conventionnels, depuis Clair Obscur, Dazibao, Nox, DDAA The Resident à Tuxedomoon.….. Les environnements du disque sont sépias, rouillés à la façon des univers qu'ils dépeignent, emplis d'une moiteur industrielle aux accents tantôt Jazz, tantôt cold wave selon les époques. Sans ordre chronologique établi, cette anthologie de The Grief dépeint à sa manière la face interlope de l'histoire musicale française, depuis les premières compositions EBM-Cold Wave aux vertigos noise jazz des années 90 (assez proche des premiers Hint) Une série de vignettes sonores, à la fois touchantes, quelquefois désuètes mais dont l'énergie et la sincérité ont pourtant traversé les décennies. Un diptyque partagé entre fougue, énergie tempétueuse (CD1 ) et accalmie et introspection (CD2) A noter des reprises de Colder et de Norsq. Nécessaire pourparfaire sa culture musicale !

GILLES GOBEIL " Trilogie d'ondes " (Empreintes Digitales/ Metamkine)

Quand un des plus grands labels d'électro acoustique enjoint un des plus grands compositeurs du même domaine, on assiste forcément à un instant privilégié, un moment unique. C'est le quatrième album de Gille Gobeil sur Empreintes Digitales. Une double occasion à cette sortie; en premier lieu pour le label, l'opportunité d'expérimenter le format DVD audio, faisant suite en cela à l'album de Robert Normandeau. Un format qui offre à la composition une profondeur inégalée en terme de texture. En second lieu, une circonstance pour Gille Gobeil de s'attarder à l'étude des ondes Martenot, invention heureuse de son auteur du même nom, âme sœur du theremin dont l'usage est assez proche. Ici, Gilles Gobeil a confié à Suzanne Binet-Audet le soin de traduire ses écrits, ses compositions. Le résultat est assez troublant (est-ce dû au bas relief du son ? à la dextérité de la musicienne ?) , hypnotique, étrange. Toujours est-il, ce triptyque construit autour de différentes fréquences de l'instrument donnent à lire, à entendre des paysages distincts où interfèrent souffles blancs, légères saturations.. l'œuvre finit dans une apothéose cacophonique des plus ahurissantes.. Une montée vers le ciel!

ENT - Fuck Work (Baskaru/ www.baskaru.com )

Baskaru est un jeune label de musique expérimentale française, dont les productions s'immiscent dans les limbes des musiques aventureuses à fort caractère empirique. C'était le cas pour leur précédente sortie, Pirandelo Suano (avec DSP rec), 35 mutant Seconds : A Tribute to Rafael Toral (avec le label Portugais Grain of Sound) c'est à nouveau le cas pour cet album de ENT composé de Michele Scariot et d'Emanuele Bortoluzzi. On sait assez peu de chose, en vérité de ce duo. Formé à l'orée 2001, le groupe enregistre quelques démos, apparaît sur une compilation de Fat Cat sur le web puis distille ses recherches sur différentes compilations, (Ojo de Apolo, Saag, Giardini Sonori, Baskaru) ENT, dans l'esprit de leur pochette (agglomérat de bouffe stylisant un monstre) fait appel à l'ensemble des possibles de la création contemporaine: avant-garde, post-rock, electronica, Turntable, électroacoustique, musique improvisée. Un panachage de styles qui induit l'usage entremêlé de l'instrumentation acoustique et des machines. Le résultat est éloquent puisqu'il puise à divers degrés, dans le patrimoine pernicieux des cultures indépendantes, enjoignant Gast del Sol, Pansonic, ou l'AMM à la même table. Le son si particulier est le résultat d'un travail de studio, par la suite déconstruit en live avant d'être refondu en studio. Au final, cela donne à cet album son caractère d'urgence, à la fois vif et impétueux, énergique et tempéré. Un premier album d'une très grande facture (fracture?).

BELONG October Language (Carpark/ Differ-ant) www.carparkrecords.com

October Language réunit une collection de pièces ambiantes perturbées de constructions mélodiques en droite provenance de la Nouvelle Orléans, ville endeuillée s'il en est. Le propos du disque rejoint ici la linéarité de sa cité, prescrivant des effets de guitares Fuzz, des échos d'accords en perdition, des lignes fuyantes de mélodies. L'univers de Belong n'est jamais plus proche des atmosphères de Fennesz, FSA, Spaceman 3 ou My Bloody Valentine ou Tim Hecker que lorsque le duo laisse errer ses réflexions. Les harmonies et inflexions de la guitare, stratifiées en longues plages horizontales droniennes, ondoient lentement, laissant doucement s'élever par leurs vibrations la poussière du sol, créant un écran opaque, duquel émergent à l'occasion quelques faisceaux de mélodies cristallines. Une quête d'apesanteur est à l'œuvre, laissant notre esprit flotter entre désœuvrement et dérives imaginaires. Un album sans origine, ni directions, dont les coordonnées géographiques semblent à jamais égarées. D'une inquiétante beauté ! Très beau !!

EPITAPH For John - John Watermann 19.02.1935 - 2.04.2002 (Korm Plastic/ Metamkine)

En décidant de clore, sous la forme d'une épitaphe musicale l'œuvre de John Watermann, Korm Plastic a sans doute réalisé le souhait inavoué du multi-artiste australien. Homme aux multiples facettes, tour à tour photographe, documentariste, joaillier, réalisateur, peintre, écrivain, john Watermann semble avoir voué sa vie à la création. Le déclencheur de cette envie constante de rencontres, de projets de vivre chaque instant, de laisser une trace tient sans doute à une enfance gâchée, enrôlée de force dans les jeunesses Hitlériennes.

Son installation en Australie, (Brisbane), marquera le départ de sa sur-activité. Il viendra à la musique assez tardivement, via le format K7. Nighshift, son label,qui lui donne l'occasion de diffuser ses premières œuvres ; début d'une production, si ce n'est pléthorique, du moins intense, entremêlée de collaborations fortuites, heureuses (Merzbow) progressant à couvert sous divers pseudonymes (Radio Mull, Spinal Machine, Total Disease), intervertissant quelques fois les supports via le webzine (Lean Yellow Supporting) ou sur CD-Rom (Rose is a rose) Homme d'actions et de créations, la maladie n'affectera jamais totalement son énergie,le laissant le soin de bâtir des projets sur la comète. Ce disque est la bouture inachevée d'une collaboration amicale entre John Waterman et Frans de Waard, mais c'est aussi un subtil appel à la vie, ou du moins au refus de l'oubli. A partir du point d'inachèvement de leur collaboration, début informel d'échanges, les quelques pièces, travaux, orientations envoyés à Frans de Waard, ont servi de base de travail. Un ultime hommage réunissant quelques uns des plus illustres musiciens, parmi lesquels Asmus Tietchens, Ralf Wehowsky ou encore Masami Akita. Le traité et les remixes ont évidemment un goût de bruitisme et de douleur rythmique. Le titre originel, Towong Cementary restant d'une rare prégnance, beauté informelle de l'improvisation. Pour garder à flot la flamme de sa mémoire.

NEXT TO NOTHING - a collection of tuxedomoon cover (Optical Sound)
BIDIBOP - Merry Go Round (Optical Sound)

Next To nothing, loin d'être une impasse, est un tribute à Tuxedomoon, groupe américain emblématique du label Crammed (aux côtés de minimal compact) signé auparavant sur le label des Residents (Ralph) dont le style, mélange de new wave -cold wave européenne, post- punk, et d'accents arty, d'emprunt jazz, d'expérimentations bossa, néo-industrielle aura fait les jour heureux des early eighties. Optical sound, en œuvrant à la redécouverte / ré-intronisation de ce groupe s'offre l'ingénieux luxe de convier une poignée de musiciens contemporains, permettant au passage de mettre à jour leur amour pour ce groupe ou plus prosaïquement leur talent de relecture d'un morceau. L'affiche est splendide, inespérée! Comment rester de marbre à la lecture des artistes invités : Scanner, Palo Alto, Simon Fisher Turner, Black Sifichi, Laurent Pernice, Norsq, David Fennesh, Ramuntcho Mata, rien que ça.

On trouve aussi des artistes en attente de découverte, les Hauts de Plafond, El Tiger cosmic group, Versari, Jacques El, Deux Pingouins, etc.. Au final, les perspectives musicales de chacun viennent enrichir, accumuler, embellir la ligne directrice des morceaux de Tuxedomoon, ambiances si particulières sustentées de spoken word délétères…. Tout en conservant la profonde intégrité de leur démarche. Une musique autrement plus intuitive et riche de sens, malgré ses 30 années de passif, que la majorité des productions actuelles. Une compilation qui vient deux années après la sortie de Cabin in the Sky (où figurait le gota mondain, parmi lesquels John Mc Entire, DJ Hell, Tarwater), ranimer le souvenir, sans doute avec encore davantage de vivacité de ce prodigieux groupe.

Autre temps, autres mœurs,BIDIBOP, soit Vincent Nicolas, ex Automne à Lobnor (en compagnie de Mister Sébastien Roux) au détour de son projet Bidibop, nous convie à une exploration intrusive dans l'univers de l'électronica et de la pop mêlée. Difficile de tenir la gageure tant quelques éminents labels ont déjà creusé dans les limbes du style, depuis Morr à Vertical Form, CCO ou encore Plug Research. Pour autant, la profusion d'artistes et d'approches réunis sous cette bannière ne semble pas avoir perverti les réflexions d'ensemble et les courbures charnelles de ces compositions. On est rapidement sous le charme de ces mélodies graciles, évanescentes, confusément affectées dont la teneur peut rappeler pour les moins imaginatifs d'entre nous certains armateurs de sons de chez Morr,. La pâle froideur de l'hiver, la rigueur monastique des intrusions électroniques, le regard poétique porté aux environnements semblent proches d'un Takemaru Nazakami, mais aussi de la langueur chaude d'un Dntel, la froide distance d'un Schneider TM ou l'introversion naïve d'un FILFLA sur Plop ; De la musique de chambre pour enfants rêveurs. Très bon.

ELECTRIC PRESIDENT S/t (Morr music/La Baleine)

Petit préambule : Ah les pochettes de Human Empire : y' a pas à dire, c'est vraiment la grande classe !! ELECTRIC PRESIDENT vient gentiment dynamiter la belle unité de façade lap- pop-électronique du label allemand Morr Music. Les deux jeunes branleurs derrière ce projet ont visiblement du mal à contenir leur fougue et la satiété créative de leur imaginaire. Ben Cooper et Alex Kane ont décidé de défaire leur patrimoine musical contemporain à la chaleur des lampes d'amplis. On navigue dans un climat pastellisé (que n'aurait pas renié The Go find), moucheté de voix légères et flottante façon Labrador rec., émaillé de petites imbrications indie pop à filiation rock (Postal Service) et de rythmiques désaxées façon Why ? (ce léger accent américain) Leur musique verte et juvénile, nourrie à l'essence des Beach Boys ou d'Oasis alterne les évènements acoustiques ou électriques, prétextant à l'occasion des chants affectés très brit pop. Toujours est-il, Les Electric President, du haut de leurs 20 ans semblent une relève prometteuse aux côtés de l'excellent et isolé album de The Busy Signal s " Busy Beats " A découvrir d'urgence !! De la pop à son plus haut.

Petit postbule : La pochette est à peu de chose près aussi radieuse que leur musique, mélange de calligraphie ample et délurée et de graphismes naïfs et pastels.

B. FLEISCHMANN - the humbucking coil (Morr Music/ La Baleine)

Monsieur Fleischmann nous habitue à la régularité de sa production depuis quelques années déjà. Après son splendide double album Welcome Tourist, longues pièces aux harmonies horizontales et éthérées, il revient à un format plus classique avec 8 morceaux d'une durée moyenne de 5-6 minutes. On retrouve son alter-ego de l'ombre, Christof Kurzman, qui joue tour à tour de la clarinette et de l'écriture (vocale et musicale) ainsi que Christof Amann à la production. Le propos de The Humbucking coil est foncièrement plus chaleureux, caressant l'idée d'un métissage entre ossature Jazzy et évanescence post-électronique instrumentale.
La douce léthargie, la torpeur ouateuse, caractérisant les compositions de Fleischmann s'octroient quelques déviances, laissant de temps à autre l'énergie brute et compacte prendre l'ascendant. Ce disque ne bouleversera pas la face du monde, pour autant, il œuvre dans le sens d'une marche vers davantage de pluralité et d'ouverture d'esprit (si, si ).
De jolis moments en perspective en attendant l'été !

WURST autoprod. (TRIXIES DVD/ SOUTHERN)

Wurst n'est pas un groupe oublié de la scène allemande Krautrock , Wurst n'est pas non plus un projet festif conçu autour de la fête de la bière à Munich. Wurst a un concept fort : réconcilier les tour operateurs avec les régions allemandes, redonner le goût de l'Allemagne aux français, en faisant découvrir la richesse de son terroir, de ses paysages, de sa gastronomie. Art culinaire porté aux nues jusque dans le nom du projet, Wurst, "saucisses", Le projet se veut ironique, pourtant la démonstration musicale de Wurst ne prête pas nécessairement à rire, Batterie, basse, Clavier, Guitare, scie musicale, instrumentaux divers composent l'univers du groupe. Les chefs d'œuvre d'humour, tels que la Poméranie, remake teuton de la Californie nous entraîne en forêt noire, tandis que les autres titres nous rappellent que Derrick a peut-être été le Clint Eastwood allemand. A méditer ..

NIK Bärtsch's RONIN Stoa (ECM /ecm)

Nik Bärtsch, dont on avait pu lire une interview passionnante dans un Wire récent vient réinvestir les premiers rangs du label ECM à l'occasion de ce Stoa.

Erudit amateur de Steve Reich et d'autres chantres de la musique minimale répétitive, il porte un amour inconsidéré pour les structures réitératives, ce qu'il nomme de rituel Modulaire. Mélangeant ressac harmonique, ses constructions mélodico-rythmiques emplissent avec mesure l'espace, laissant l'esprit de l'auditeur s'y accoutumer, prendre ses marques, pour ensuite l'engager dans quelques sentiers sonores battus de sa création.

Ce pianiste, en voulant parachever un univers fomenté autour de l'œuvre de Reich (elle-même inspirée d'autres cultures d'asie) cherche à trouver un équilibre…l'équilibre qui semble parfait… Pourtant la tentative de métissage/ d'interaction avec la musique minimale, comme une hypothétique Troisième voie, ne prend pas, laissant à la musique un second rôle, singeant les "décorums musicaux", les "habillages de revues" de certaines compagnies théâtrales De cette alchimie naît la dissolution, et du jazz et de la musique répétitive qui perd dans ce surcroît d'effort son intégrité, à l'exception de rares titres qui quelquefois dérivent sur le funk (les cordes graves du piano rappelant la basse).

MELMAC s/t ( Ronda rec/ www.ronda-label.com)

La part de renoncement, les enjeux de conflits prennent trop souvent le pas dans l'existence d'un groupe pour en assurer la pérennité …Aussi, lorsqu'un groupe affronte avec la même constance l'exercice de l'album, il convient de le célébrer. Ce nouvel album de Melmac nous fait prendre conscience du temps qui passe. 3 ans déjà que les secours arrivent et prennent le relais est sorti, 3 longues années Sans doute la permanence du duo tient pour beaucoup à cette fratrie des Deverter, une union sacré où le sang et l'amour des climats spacieux et des beaux arrangements jouent le rôle principal.

L'enthousiasme de la création n'empêche pourtant pas la noirceur de l'interprétation ; une vision plus réaliste diront les uns, crue et décharnée diront les autres. Une pesanteur de plomb semble ainsi avoir pris la gouverne des morceaux, asphyxiant autant que faire se peut l'aspect juvénile et primesautier des compositions. La patine du temps à épaissi leurs travaux. Les compositions laissent sourdre une esthétique complexe et déshumanisée ; une vision onirique et obscurcie de la réalité. Pour être plus prosaïque, Melmac semble avoir trouvé un équilibre inespéré entre l'expérimentation lunaire d'artistes et labels tels que Static Cloud et Mnortham, d'élan pastoraux à la Tralala band/ GSYBE, de ritournelles entêtante à la Encre ( ce second titre) et de nuisances auditives et sonores à la Sonic Youth- Acetate Zero. Les spectres de voix sans authentification ni sens, la lente litanie de mélopées, les titres arrachés à la torpeur participent de cette douceur et vivacité étrange qui environnent chaque titre de ce duo ! Un album qui se révèle à chaque nouvelle écoute !

MY NAME IS NOBODY " I Hope You're well…I Am and Isend you my fingers " (Effervescence/ )

Empruntant autant au lyrisme du Dead Man de Jim Jarmusch [auquel le nom du groupe fait allusion] qu'à l'inspiration débridée des armateurs de chez Constellation (Ah ! Les intitulés à rallonge du Tralala band….) , MY NAME IS NOBODY vient consumer l'esprit d'un folk pastoral ancré dans une certaine idée de l'Amérique. Un album où cohabitent les plus belles contradictions ; œuvre d'un seul homme, Vincent Dupas, " I hope you'r well… " respire pourtant la chaleur de la fratrie et les fragrances de l'amitié Une poignée de proches [The Desert Fox (Faustine,Seilman/ Erwxan Fauchard/ François Gautreau) ] constitue ainsi le pré-carré du compositeurs interprètes, réunis autour d'instruments (basse, guitare acoustiques/ électriques, piano, orgue, chœur.. cavaquinho) et de la touche inimitable de Miguel Constantino à la production. Loin d'être emplies de légèreté ou de naïveté, ses compositions sont empruntes d'un désenchantement sans gravité que seul arrivent à transcender les courants folk et lo-fi. Les Palace Brothers, Will Oldham, Johnny Cash, Leonard Cohen, Nicolas Dunger, autant d'influences majeures qui ne disent pas leur nom sur ce disque. Au demeurant, l'album porte le sceau de la spontanéité, de l'impétueuse jeunesse, ses élans inconsidérés, ses petits défauts de façade, sa fougue et ses égarements flamboyants. Un album attachant avec un bel esprit et de superbes restitutions de climats . Très beau ! Encore un magnifique disque à la charge d'Effervescence, merci à eux !

FORDAMAGE S/T (Kythibong/ musicast )

Fordamage est la réunion de 4 éléments instables, de genre masculin, . Comme bien souvent la somme qui forme Fordamage ne se résume pas à la simple addition de ces 4 humanités et donne à lire au-delà… Une furieuse énergie dévolue à la matière électrique, transformée en sonorités sous divisés en rythmies-arytmies. mélodie. Fordamage creuse la terre avec les mains, compose avec ce matériau brut et noble pour la transformer en une matière pas moins noble, mais finie, travaillée, ciselée. Fordamage est de ces genres de groupe dont l'harmonie consiste en une disharmonie, la rythmie se fait jour dans la rupture. Les saccades, les disruptions, les chaos , l'arythmie ont ici voix au chapitre , donnent toute leur puissance, gansés qu'ils sont des silences On pense à Shellac ou Fugazi pour le radicalisme, à Uzeda, à Don caballerro, ou au Dazzling Killmen pour la tension animale. Une densité brute et palpable ! Qui nous renvoie quelques années en arrière à l'époque ou les somptueux fanzines Kill Your Idols et Sonic régnaient sur le continent français ! Teckel, Blisters, Touchmystrings, Motherfuckers, Dentelle, composent cette toile de punk intelligent, d'émo-noise d'une rare beauté, rappelant les temps forts de labels aimés tels que Trance Syndicate, Skin Graft, City Slang...
D'apparence anachronique à l'ère du tout lap-top et numérique, ce disque éponyme se révèle une bouffé d'air vitale pour tous ceux (dont j'avoue faire partie) avaient mis au banc leurs émois de jeunesse... On ne devrait jamais renier ses premiers amours ! Chez Jade, on aime !

HOWARD STELZER/ GIUSEPPE IELASI - Brombron 08 : Night Life (Korm Plastics/ Metamkine)

Le Projet Brombron est la collaboration naissante entre Stallplaat et Extrapool, concrétisée par le désir et la volonté de Frans De Waard. Une division qui œuvre à matérialiser les projets-jusqu'alors ajournés-, via le prêt d'un lieu, une résidence à Extrapool, le temps d'un enregistrement sur un label de diffusion, Brombron., Les rencontres et orientations d'artistes/ compositeurs/ musiciens dont l'emploi du temps ou la distance avaient jusqu'alors rendu vaines toutes possibilités de concrétisations. Howard Stelzer, originaire de Cambridge aux USA qu'on a vu précédemment traîner sur Absurd, sedimental rec, ou son label (Intransitive) au côté de Jason Talbot et Giuseppe Ielasi résidant à Milan, affilié à la scène électro-acoustique, connu pour ses projets sur Ertswhile, Bowindo ou Hapna, plus récemment et ses multiples collaborations avec Dean Roberts, Alessandro Bosetti, Renato Rinaldi … Les deux hommes avaient ce projet de rencontre depuis 1999-2000, suite à quelques échanges entre leurs 2 labels respectifs :Intransitive et Fringes. Bâti autour de cette amitié naissante et d'une communion d'esprit, Night Life utilise le savoir-faire des 2 hommes, cassettes à bande, guitare, percussions, usage de l'électronique et des microphones, esprit d'improvisations et d'expérimentations. La composition effleure les rivages de leurs thèmes de prédilection, tissant des liens entre un folk traditionnel éthéré à la Dean Roberts, mêlant des sonorités noyées de rythmiques lointaines, effleurements de cymbales, palpitations discrètes jusqu'à des échos lointains de rythmes sourds, la résonance d'arrière plan d'un environnement dronien. L'intitulé, tiré d'une nouvelle d'Arthur Russell loosing my taste, for the nightlife évoque autant l'univers flottant de méditations nocturnes que l'empreinte oscillante du temps qui passe inéluctablement. D'une belle intensité

JOE COLLEY/ JASON LESCALLEET - Brombron 09 Annihilate this Week (Korm Plastics/ Metamkine)

Le plafond nuageux est bas, d'un gris ardoise aux reflets cendrés, la scène se passe à Nijmegen, Hollande. Joe Colley et Jason Lescalleet, 2 compositeurs majeurs de la scène contemporaine européenne vont, dix jours durant, oeuvrer dans l'intimité d'un lieu, Extrapool, à redéfinir les marges de leurs travaux, confronter leurs 2 humanités, converser, pratiquer le leurre émotionnel via leurs guitares.

Issu des scènes électro-acoustiques, Joe Colley , membre fondateur de Crawl Unit afait de l'instabilité sonore son champ d'exploration privilégié. Une mise en scène des sons où l'aléatoire joue le rôle principal. Jason Lescalleet, pour sa part, s'est distingué dans le travail des manipulations informatiques et des boucles magnétiques, transposant, ré-agençant, transfigurant la matière brute de ces collaborations. Repéré au détour de Mattresslessness sur CUT, il construit son cheminement sur l'improvisation, son mûrissement hors des sentiers balisés. Il jette des passerelles entre deux genres, qu'il connaît bien, puisqu'il est ici question de structures improvisées, d'une part, et d'explorations approfondies des sons extrêmes d'autre part. C'est dans l'emploi d'un matériel rudimentaire ; outillage de K7, d'objets trouvés, de disques durs et de circuits électroniques disruptifs que Jason Lescalleet a trouvé sa demeure, son gîte.

Un musicien qui a participé à beaucoup de collaborations captivantes, notamment avec John Hudak, Franscico Lopez, nmperign, Ron Lessard/ Due process, Achim Wollscheid,.. Les 2 artistes favorisent ici une mise en espace épurée de leurs compositions. A mi-chemin d'une poésie sonore concrète du quotidien, de phases d'écritures dronienne répétitives et de cacophonies organisées, de bruitisme liturgique. Plante vénéneuse entre toutes, Annihilate this week ales attraits de ces fleurs prédatrices de la nature, d'une beauté effarante, au plus proche de la tentation tout en gardant cette profonde toxicité.

MODERN INSTITUTE Excellent swimmer - (Expanding records/ Differ-ant)

L'Italie n'en finit plus de nous faire parvenir une sémillante et renouvelée génération de créateurs tout azimut, sans a-prioris créatifs et dont l'approche, souvent singulière et pénétrante semble être le leitmotiv. Modern Institute, composé de Teho Teardo et de Martina Bertoni est de cette veine ; Ils font ici leurs premier pas dans le monde de la production, dans un vocabulaire cher à Expanding Records, tour à tour complexe, intuitif, synthétique et ambient (voir house). La rencontre des 2 musiciens naît de l'opposition (à moins qu'il soit question de superposition) entre les affects variés des guitares, du Rhodes et des éléments programmés en conflit avec le Cello.
Les sonorités du Cello, justement, sourdes et profondes, ont un caractère du fond des âges qui tranche nécessairement avec la musique de surface que procurent les autres instruments, analogiques et numériques confondus. L'âge des musiciens les oppose également, Teho Teardo est un compositeur de renom, ayant oeuvré à l'achèvement des climats et ambiances d'artistes comme Placebo, Nurse With Wound, Scorn, Lydia Lunch ou Rothko, entre autres collaborations pour le cinéma ou aux côtés d'Erik Friedlander (album récent sur Ipecap/ membre de Massada) sur un album hommage à Pasolini… Martina Bertoni, pour sa part à une maîtrise aiguë de son instrument (débuté à l'âge de 6 ans), et dont les ondes se sont propagées jusque dans des collaborations aux long cours . Un traité de musique atmosphérique grêlé de mélodies sinusoïdales et entêtantes. Quelque part entre l'instrumentation d'un Encre ou FS Blumm. Très bon !

MILLER + FIAM Modern Romance (Expanding records/Differ-ant)

Le label de Ben / Si Cut DB met ici à l'honneur le continent australien à la faveur de 2 de ses ambassadeurs, Dave Miller et Harry Hohnen (Ou Fiam). De leurs précédents albums, parus respectivement sur Background rec (Mitchells Raccolta) pour Dave Miller, et Hefty Records pour Harry Honnen (sous le pseudonyme de Victor Bermon), ils auront su conserver l'expression personnelle de leur savoir-faire. Miller semble s'attacher plus volontiers à l'extraction de rythmes ambiguës , d'harmonies rotondes et cadencées ; Fiam laissant bien davantage son amertume et sa mélancolie tendre les lignes d'une instrumentation langoureuse aux teintes gris-ardoises. Malgré une disposition de titres laissant doucement sombrer l'auditeur dans une torpeur engourdissante, , diffuse, prompte à l'endormissement des sens, on a du mal à sortir purifié de ce bain de vapeur qui flirte trop souvent avec une ambiente au caractère mou et indéterminé.

DICTAPHONE - Vertigo II (City Centre Offices/ La Baleine)

Les effusions Jazz mêlées aux nappes fragiles d'électroniques qui gansaient le premier album de Dictaphone s'apparentaient bel et bien à un vertigo originel, assez proches dans ses vues de l'album de Kammerflimmer Kollektief sur Cicadidae. Oliver Doerell et Roger Doring avaient réussi un joli paso-doble en inscrivant ces boucles lascives de pop-électronica dans le champ plus large de l'histoire musicale, donnant ainsi à leur aères une épaisseur tactile, camphrée à la patine du temps. Difficile d'en rester là pourtant, de préférer le statut quo à la découverte de nouveaux paysages. Ancrée dans leur mentalité, cette soif d'ailleurs se traduit alors sous une nouvelle optique sonore dont ce vertigo II est le fidèle reflet. Tout en conservant les matériaux liminaires de leurs constructions mélodiques, le duo allemand aprogressivement laisser vaquer la mélodie vers l'abstraction, au-delà d'un point de non-retour, aux confins des musiques environnementales synthétiques et d'une ambiante contemporaine. L'esprit de Badelamenti, pendant musical de Lynch autant que les alcôves d'un Talk Talk -première époque- sont ici en suspend. Des mélopées addictives qui serpentent sur l'horizon en guise de trame, l'empreinte fugitive d'une bande son onirique où l'imbrication improbable d'un Anouar Brahem, de sensibilité Isanienne et de micro symphonies elliptiques à la Oval tiennent le haut du pavé. Le résultat est d'une beauté gracile ; une dérive de fragilité ourlée de sentiments feutrés. Un groupe aux confluents des genres, marqué par la grâce.

TERJE RYPDAL - Vossabrygg (ECM/ ECM)

Terje Rypdal est une entité une et indivisible d'ECM ; un point d'équilibre dans sa structure, comptant près de 35 albums en son nom ou en collaboration (et une cinquantaine sur d'autres labels…), il fouille, excave depuis 1967 l'ensemble des possibles de son instrument, la guitare, comme médium central de sa composition auquel vient se joindre un spectre d'instruments divers (trompettes/orgue..) L'attachement non tant à l'environnement (vision anthropique) qu' à la nature déborde le simple cadre du cliché ou de l'anecdote sur les albums de Rypdal. Les éléments naturels vous cernent, pareil à un tapis végétal de mousse et de feuilles mêlées. L'axe ici défendu s'attarde sur un travail d'écriture affiné, mêlant percussions, cuivres, cordes. Un mélange de plénitude assourdissante, d'effusion organique, où la notion de Jazz disparaît à mesure que surgissent les orgues vikings. Terje Rypdal a cette faculté évidente à créer des climats de dissimilitude, de dissemblance où la charge émotive navigue entre les deux extrémités du spectre. Du Grand ECM !

Takashi WADA araki (Onitor/ La baleine)

Araki est là pour nous rappeler que le lap-top reste avant tout un instrument (de type numérique) dont l'usage semble se plier à la volonté et à la sensibilité de celui qui l'utilise. Qu'il soit question d'ultra-minimalisme, comme c'est le cas chez Kozo Inada, Ryoiji Ikeda , d'un bruit blanc pondéreux dans la perspective choisi par Merzbow, ou de délires digitaux stratifiés (XperX) La particularité du japonais qui signe ici sur un label dont l'optique est clairement ouverte sur l'ambiante et l'house, est de gommer jusqu'à l'excès toute référence à l'électronique, privilégiant une approche tantôt organique, tantôt analogique. L'usage d'une guitare, supplément analogique à cet album soyeux et discret, rend presque indéfectible la présence d'usage numérique. L'amour du Jeune Wada pour le Jazz (sa formation initiale) et les compositeurs classiques (il a étudié le piano) et les musique de films rappelle de manière diffuse les créations de Ryuchi Sakamoto, d'Enon, de Damon Aaron mais aussi certains de ses compatriotes comme Taku Sugimoto, ou Takeshi Nishimoto, moitié de I'm Not a gun au côté de John Tejada, pour l'aspect naturel et évanescent de ses maillages d'atmosphères. Une ambiante -atmosphérique qui sied bien à nos civilisations urbaines. D'une voluptueuse grâce

Doug THERIAULT/ Bryan EUBANKS " Big Clouds in the sky Today" (Creative sources rec/ Metamkine)

Ces 2 artistes, basés à PORTLAND en Oregon travaillent sur la chose électronique. Doug Theriault à partir de la guitare, Bryan Eubanks s'attachant davantage à l'expérimentation autour de circuits disruptifs. Theriault s'est fait connaître en travaillant sur un ensemble de Médium, depuis la musique de films indépendants à des productions de visuels, de musiques pour compagnies de dance. Cependant, c'est bien davantage son ultra sensibilité, son idiosyncrasie d'arpèges, la finesse des ses manipulations sur la guitare qui ont fait sa renommée. Usant et abusant d'additifs concrets, de sons électroniques,en vue de créer une forme sonore abstraite et fluide, fugitive. Bryan Eubanks , boss du label Rasbliutto, lui aussi originaire de l'Oregon, a travaillé aux côtés d'Andrew Lafkas, chris Cogburn ou encore Joseph Foster.
Privilégiant le geste musical sur 2 longues plages, les deux musiciens à force d'entrechoquements finissent par fusionner leur manipulation en un jeu virtuose d'une belle abstraction. Un traité post AMM des plus intéressants.

SHUGO TOKUMARU "LST" (Active Suspension/ rue Stendhal)

Alors que la musique du 19ème siècle oeuvrait à l'émergence d'une " objectivité bourgeoise" sorte de regard intimiste des auteurs sur eux mêmes, Le 21ème siècle prend la tournure d'une "objectivité prolétarienne " regard singulier de l'être humain au creux des sociétés en mouvance ; le jeune japonais Shugo Tokumaru ne semble pas déroger à cette règle, en offrant à l'écoute une vision en miniature et en micro relief de ses univers et visions folk-pop et électronica. Là où Night Piece, premier album sorti en catimini sur Music Related s'attachait à croiser avec une élégance presque instinctive instruments désuets ou atemporels (Scie Musicale, ukulélé, guitare), d'effets de boucle et de contre effets de delay sur fond d'exotisme vocal (le chant en japonais) et de métronomie de l'enfance pour des vacations jamais éloignées de la musique de chambre. LST reprend le flambeau, accentue la dynamique de fragilité et d'expérimentation en délicatesse. Loin de l'asthénie, l'album regorge pourtant de tension fugitive, de coups d'éclats discrets ; une sorte de révolution aux œillets dans le cadre douillé d'un salon hi-fi stéreo. Dans les méandres d'artistes à l'apparente et similaire physionomie (les clique de chez Morr/ thrill Jokey) Shugo Tokumaru tire intelligemment son épingle du jeu, sans doute par la fragile dynamique et les modulations floues et esthétisées de ses compositions. Une sorte de Daniel Jonhston- Pierre Bastien de l'électronica.

 
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