|
|
LAUDANUM
Your
place & time will be mine
(Monopsone/
Differ-ant) www.monopsone.com
|
|
Le
monde s'était arrêté de tourner il y a quatre ans de cela, à la
faveur d'un miraculeux album éponyme, confectionné par un jeune
trentenaire originaire d'Orléans, Matthieu Malon, plus connu
jusqu'alors pour ses réflexions musicales sur le mode français.
Un premier album de Laudanum, qui avait fait mouche non tant
par simple effet de mode ou de découverte que par les qualités intrinsèques
des mélodies et l'excellence de la production de l'ensemble. C'est
sans doute aussi, un peu, l'union in-acoutumière de textes indolents
et dénués de fioritures et de musique postrock-électro à la marge
du symphonique (dans leurs montées en régime) qui faisait le charme
de System On ; C'est sous forme d'une injonction westernienne,
Your place and time will be mine ; quatre années plus tard,
un album de remixes et quelques déboires pour son projet en français
plus loin, qu'on retrouve l'esprit musical affûté du jeune homme,
sa maturité également. Pas de répit, la mécanique fragile de Laudanum
frappe dès le premier morceau, Collide, gansé du timbre
de Cavil (acolyte de Quigley) avec une composition d'une
énigmatique beauté, entêtante jusqu'à la lie, tour à tour gracile
et sauvage. Fait
suite une prestigieuse concordance de mélodies et d'auteurs., depuis
Angil (unique rec.) le jeune talent montant à T. sur
On the fire side. (album sur Hezfeld ). On retrouve
également Christian Quermalet des Married Monk, Laetitia
Sheriff, Noemie, Elsa d'acetate Zero ou Olivier
des Go Go Charlton, etc.. Bien davantage qu'un recueil d'anecdotes,
ces collaborations stigmatisent l'hédonisme musical qui caractérise
Laudanum, n'hésitant pas à convier ,comme autant d'amis;
les gens qu'il admire pour partager les lauriers de ses mélodies
racées.
Une
générosité sans faille qu'il a pris le temps d'exporter au fil de
nombreuses collaborations antérieures. L'album, d'une singulière
beauté, est pourtant sans doute un peu moins enclin à digresser
sur le patrimoine rock, apparaissant plus compact, plus obscurci,
plus ramassé autour d'une paire de mélodies, d'une galerie de sonorités,
d'univers à mi-chemin de la Pop, du postrock, de la No Wave et de
l'électro/ cold wave et d'influences diverses (depuis LCD Soundsystem
, Taxi Girl, The Fall, A certain ratio, Talking heads en passant
par Morissey, Brian Wilson ect.., pour n'en citer que peu…)
qui achèvent de nous convertir. La rareté a un prix ! Courez vous
procurer ce disque !
|
|
JASMIN
ep02 - (Rotesonne
Rec./ www.12rec.net)
|
|
Alexander
Peterhansel, autrement connu sous son pseudonyme TILIA,
sur Cronica ,à la mesure de collaborations choisies avec
LALI Puna, vient resurgir à notre mémoire sous la gouverne
de son patronyme Jasmin, via son label Rotesonne. D'une grande richesse
narrative, le projet JASMIN s'inscrit dans le sillage de
formations reconnues et appréciées, proche des grands lacs de Chicago,
parmi lequel Ganger, Pullman ou Tortoise, en
proue de navire, Sans doute l'aspect hautement méditatif, recueilli
ainsi que le caractère répétitif et instrumental de leur musique
influence cette inclinaison. Pourtant l'architecture sonore du projet,
composée de A. Peterhansel, de Andreas Bernard et
Christian Schwenkmaier ne se limite pas à ces seuls traits
de caractère ; il se dissimule derrière Jasmin ce je ne sais quoi
de charnel, empourpré de moiteur Jazz, d'effusion FREE, de narration
Folk qui emporte l'engouement dès les premières notes comme
ce fut le cas pour Ma chérie for Painting en d'autres temps
et d'autres lieux. D'une splendeur opulente, les arrangements savent
pourtant rester en retrait, faire montre d'une humilité rare, sorte
de minimal guitare trio, prodiguant cette même inclination pour
la simplicité que Rothko, ou Movietone.. En sus des quatre
splendides morceaux, on retrouve la vidéo de Köln en fin
de course, vidéo réalisée par monsieur Peterhaensel lui-même.
|
|
DEPHT
AFFECT " Arche-lymb " - (Autres
Directions In Music/ La Baleine)
|
|
On
avait pu métrer la portée du talent de ce duo, issu d'un terreau
commun où TPER, Abstract Kill Agram, ScottHeren (Prefuse
73), Donna Summer ou plus loin DJ Shadow et des labels
tels qu'Anticon ou Mush ont leurs habitudes. Un univers Hip-hop
matiné d'indélicatesse ill-bient et d'infiltrations expérimentales
déjà entre aperçue sur Mesquin ep, leur première production
parue déjà chez ADIM) Sans doute parmi les plus prometteurs
rejetons de cette culture en mouvement perpétuel, Depht Affect
avait par le passé ravi nos pavillons à l'audition de cette courte
missive sur Autres Directions sous format de téléchargement libre.
En prenant le pas d'une édition plus large, il a entraîné dans son
sillage le groupe. Avec des concerts d'une rare intensité, aux côtés
d'Alias, Dat Politics, Jan Jelinek, …ils ont su épaissir
le vernis de leur arrangement. Le propos des morceaux, à cheval
entre une mécanique hip-hop, quelques subterfuges électroniques
et des accentuations mélodiques issues du Folk, superposent le charme
de chaque style sans trahir la cohésion d'ensemble. Des titres tels
que One Day Or So où le quatuor s'unit à Alias, ou
encore cette collaboration avec Botanica Del Jibaro, membre
de CYNE, ou bien Honey Folky et son rythme démembré
et cajun dévoilent l'évidente ardeur à l'ouvrage, l'énergie, la
gaîté, la fougue de ces jeunes bretons autant que leur profonde
maturité dans la maîtrise des paysages et des environnements sonores.
Un album d'une sulfureuse énergie dont le propos musical, pareil
à un labyrinthe aime à égarer nos certitudes! Eminemment conseillé.
|
|
BLACK
TO COMM Ruchwärts Backwards (Dekorder/ Metamkine)
|
|
Black
To Comm, dont la maîtrise d'ouvrage est le fait de Marc Richter,
par ailleurs éminence grise du label DEKORDER, monte à l'assaut
du long courrier, après une courte série de 3 pouces d'une belle
unité, mélange de ludicité /lucidité et de maturité consommée. Issu
d'une trash Culture héritée des cut-up de la beat, du zapping de
l'ère visuelle et des recyclages sonores de ces 30 dernières années,
il apparaîtrait logique que Ruchwärts Backwards soit l'enfant
légitime de ces miscellanées foutraques, d'apparence incohérente,
mais assez représentatives, finalement d'une culture ouverte au
monde, combinaison heureuse et non linéaire de genres et de styles.
Pourtant, arguant contre sa pente naturelle à l'extraversion, Marc
Richter semble plus enclin à nous livrer une symphonie de poche
de l'ère post atomique. D'une sonate pour abeilles anéanties au
Regent (Bees), à de très beaux moments de dérives ambiantes
et aériennes (Levitations) ; de fields recording aux fragrances
de vieilles cantates sépia et surannées (lucifer lacca) ;
de drones subaquatiques ( Ruchwärts Backwards en atmosphères
dérangeantes et abstraites, d'univers naïfs ou perturbants, le musicien
nous promène de son no man's land personnel L'univers de Richter
apparaît extrêmement cohérent, emplie d'une densité aérienne tout
en gardant un propos expérimental et mélodique. Le résultat évoque
un filin tendu en vibration constante, une noisy numérique blindée
de larsens analogiques et de spasmes digitaux, où Marc Richter,
récupère, étire, collecte, porte en vibrations les styles (Psychédélisme,
Free-Jazz, musique Traditionnelle….) Sans jamais céder aux clichés
rudimentaires ou aux redites faciles. Les amateurs de Drone rec.,
Ochre ou de Kranky se frottent déjà les mains.
|
|
THOMAS
STRONEN Pholitz - (Rune
Grammofon/ La Baleine)
|
|
Leader
emblématique de Food, groupe dont les 2 précédents albums (Veggie
(2002) et Last Supper (2004), ont marqué d'une empreinte
profonde le rock atmosphérique. Thomas Stronen aime aussi cultiver
ses jardins secrets hivernaux. Dans les lapses de temps qui séparent
chacun des albums de FOOD, il s'octroie ainsi des trêves
musicales, sous forme de collaborations aux côtés de Christian
Wallumrod, Evan Parker, Ckada, Bill Mc Henry, etc.., de side-projects
et coopérations : Parish, Supersilent, Maria Kannegaard Trio,
humcrush ou de projet solo comme c'est le cas ici. batteur de
formation, Pholitz, s'attache à étudier la mesure, le rythme
comme matières dissonantes et non moins mélodiques. S'extirpant
quelque peu des climats hivernaux et désertiques de Food, ce sont
ici les frimas de traitements électroniques mêlés à des assaisonnements
analogiques et des batteries électroniques qui tiennent le haut
du pavé. Le climat est à la joie, une sorte de douceur printanière
à mi-chemin de travaux électroacoustiques façon Ambiances Magnétiques
et d'un savoir-faire ludique et numérique façonné par les gais lurons
de chez Grammofon. Tour à tour fragile ou distraite, intriguante
ou improvisée, sa musique évolue dans un climat proche des excursions
mécaniques d'un Pierre Bastien, Klimperei ou de recherches
de Reich ou consorts tout en gardant un aspect par moment
traditionnel (l'homme apprécie la musique Gamelan) voire Jazzy par
certains aspects. Un subtil album de plus dans la galaxie Grammofon.
|
|
THIS
MELODRAMATIC SAUNA - et
les fleurs éclosent à l'ombre (Effervescence/ )
|
|
Jonathan
Seilman n'aura pas attendu son premier album pour nous émouvoir.
Auteur d'un split 7' en compagnie de Stuntman 5 en 2001,
aperçu sur le manifeste Effervescence une paire d'années
plus tard, les apparitions sporadiques du jeune homme, mêlées à
la belle réputation de ses prestations scéniques ( aux côtés de
Devendra Banhart, Jackie O motherfucker, ZÜ, The patriotic Sunday,
Chevreuil, Depth Affect…etc.) auront assis sa déjà plus toute
jeune réputation de song writer émérite. Son actualité ne se résume
pas à ses seules apparitions sous This Melodramatic Sauna,
puisqu'il privilégie à l'occasion la réalisation de courts métrages
(un coup de vent de C.Soares) , la basse au sein d'Argument
ou encore les arrangements sur Lay Your Soul Bare des géniaux
The Patriotic Sunday ou sur l'excellent dernier album d'Audiopixel,
Memento Rumori. A l'heure des bilans, Et les fleurs éclosent
à l'ombre semblent annoncer l'avènement d'une maturité de plus en
plus affirmée. Entremêlant textures acoustiques et sonorités électroniques
complexes, This melodramatic Sauna tisse avec les fils de
lins rêches mais discrets de l'électronique et de ceux plus cotonneux
du folk Rock, une étrange étoffe, légère, complexe, enivrante. Le
quartet à cordes, vient soutenir les compositions, offrant à l'oreille
un surcroît de mélancolie, contrastant s'il en est avec l'orchestration
minimale que Jonathan Seilmman enjoint sur scène (Orgue analogique,
verre de cristal, theremin, etc…) Un très bel album d'une envoûtante
profondeur (à la façon des premiers Tellier/encre) qui compte quelques
sommets de vibrations intérieures tels que home and way, for
respect ou encore l'alchimie alcoolique pour n'en citer que
peu.
|
|
PRINCESSE
ROTATIVE culture teak (purée noire/ www.pureenoire.com )
|
|
La
gageure du projet tient à cette réflexion : comment un garçon aussi
calme et serein peut-il produire une musique aussi nerveuse et «
vivante » ? La jeune princesse Rotative, soit Huko Yakami ou Zach
Sanchel continue ainsi à distiller à nos oreilles, sur le mode rouleau
compresseur, sa petite stratégie bruitiste, son traité de chaos
sonore. Pourtant loin de toute anarchie ou nihilisme, la mécanique
ne tarie pas de dynamisme, sa rancoeur servant son énergie et son
humeur noire sa jovialité. Issu de l’underground des graphzines,
Yannick LECOEUR n’a jamais pu vraiment choisir entre ses deux passions
dévorantes, le dessin et la musique. Mieux qu’une mauvaise guerre,
il aura choisi un bon compromis, celui d’afficher les deux. Au sein
de l’excellent Graphzine Purée Noire, tout d’abord, avec une prédisposition
marquée pour les traits énergiques et les comptines sibyllines.
Un peu à l’image de ses dessins, sa musique est torturée, dégourdie,
d’une fragilité et d’une poésie maîtrisée, un peu instable aussi,
décalée. Comme sur son prédécesseur, Fabuleuse énergie féminine,
Culture steak met en parallèle des univers paradoxaux, carcéraux,
confinés et des grands boulevards de rythmes. L’usure et l’accident
jouent ici un rôle primordial, donnant, au travers des failles de
la mélodie et du rythme ce surcroît d’humanité au projet. Un album,
qui contentera largement les amateurs éclairés des sphères de DHR,
Cockrock disco et consort. Très bon.
|
|
THE
GRIEF : best off (Optical Sound/la Baleine)
|
|
Alors
que Vinyl on Demand réédite l'ensemble des démos-prototypes
de compositions affiliées à Selektion et P16D4 , Pierre
Belouin, homme artiste et homme orchestre de la structure Optical
Sound, partie prenante dans l'art sonore et plastique contemporain
n'a jamais caché son penchant naturel pour les artistes premiers
qui ont concouru à faire muter le genre électronique à l'orée des
années 1980'. Il l'a prouvé très récemment au détour d'une double
compilation à l'honneur de cette scène oubliée et/ou méconnue (Echolocation)
ou au détour de DVD mettant à l'honneur cette scène ( RVB transfert).
Le personnage est pugnace, têtu, passionné pour l'essentiel et loin
de s'arrêter en si bon chemin, il creuse un peu plus encore l'analyse
en éditant les principales compositions de The Grief, collectif
né des cendres des musiques punk, proto-industrielles No wave,
à cheval sur le happening, la performance, l'acte musical, la photo.
The Grief, loin des formations clichés de l'époque se révèle
un groupe majeur, sous couvert d'un esthétisme situationniste (si
ça peut exister) avec des compositions émancipées des modes qui
pourraient dans un jeu élégant d'étiquette, les apparenter.à cette
génération de défricheurs instables et non conventionnels, depuis
Clair Obscur, Dazibao, Nox, DDAA The Resident à Tuxedomoon.…..
Les environnements du disque sont sépias, rouillés à la façon des
univers qu'ils dépeignent, emplis d'une moiteur industrielle aux
accents tantôt Jazz, tantôt cold wave selon les époques. Sans ordre
chronologique établi, cette anthologie de The Grief dépeint
à sa manière la face interlope de l'histoire musicale française,
depuis les premières compositions EBM-Cold Wave aux vertigos noise
jazz des années 90 (assez proche des premiers Hint) Une série de
vignettes sonores, à la fois touchantes, quelquefois désuètes mais
dont l'énergie et la sincérité ont pourtant traversé les
décennies. Un diptyque partagé entre fougue, énergie tempétueuse
(CD1 ) et accalmie et introspection (CD2) A noter des reprises de
Colder et de Norsq. Nécessaire pourparfaire sa culture
musicale !
|
|
GILLES
GOBEIL " Trilogie d'ondes " (Empreintes
Digitales/ Metamkine)
|
|
Quand
un des plus grands labels d'électro acoustique enjoint un des plus
grands compositeurs du même domaine, on assiste forcément à un instant
privilégié, un moment unique. C'est le quatrième album de Gille
Gobeil sur Empreintes Digitales. Une double occasion
à cette sortie; en premier lieu pour le label, l'opportunité d'expérimenter
le format DVD audio, faisant suite en cela à l'album de Robert
Normandeau. Un format qui offre à la composition une profondeur
inégalée en terme de texture. En second lieu, une circonstance pour
Gille Gobeil de s'attarder à l'étude des ondes Martenot,
invention heureuse de son auteur du même nom, âme sœur du theremin
dont l'usage est assez proche. Ici, Gilles Gobeil a confié
à Suzanne Binet-Audet le soin de traduire ses écrits, ses
compositions. Le résultat est assez troublant (est-ce dû au bas
relief du son ? à la dextérité de la musicienne ?) , hypnotique,
étrange. Toujours est-il, ce triptyque construit autour de différentes
fréquences de l'instrument donnent à lire, à entendre des paysages
distincts où interfèrent souffles blancs, légères saturations..
l'œuvre finit dans une apothéose cacophonique des plus ahurissantes..
Une montée vers le ciel!
|
ENT
- Fuck
Work (Baskaru/
www.baskaru.com )
|
|
Baskaru
est un jeune label de musique expérimentale française, dont les
productions s'immiscent dans les limbes des musiques aventureuses
à fort caractère empirique. C'était le cas pour leur précédente
sortie, Pirandelo Suano (avec DSP rec), 35 mutant Seconds
: A Tribute to Rafael Toral (avec le label Portugais Grain
of Sound) c'est à nouveau le cas pour cet album de ENT
composé de Michele Scariot et d'Emanuele Bortoluzzi.
On sait assez peu de chose, en vérité de ce duo. Formé à l'orée
2001, le groupe enregistre quelques démos, apparaît sur une compilation
de Fat Cat sur le web puis distille ses recherches sur différentes
compilations, (Ojo de Apolo, Saag, Giardini Sonori, Baskaru)
ENT, dans l'esprit de leur pochette (agglomérat de bouffe
stylisant un monstre) fait appel à l'ensemble des possibles de la
création contemporaine: avant-garde, post-rock, electronica, Turntable,
électroacoustique, musique improvisée. Un panachage de styles qui
induit l'usage entremêlé de l'instrumentation acoustique et des
machines. Le résultat est éloquent puisqu'il puise à divers degrés,
dans le patrimoine pernicieux des cultures indépendantes, enjoignant
Gast del Sol, Pansonic, ou l'AMM à la même table.
Le son si particulier est le résultat d'un travail de studio,
par la suite déconstruit en live avant d'être refondu en studio.
Au final, cela donne à cet album son caractère d'urgence, à la fois
vif et impétueux, énergique et tempéré. Un premier album d'une très
grande facture (fracture?).
|
|
BELONG
October Language (Carpark/ Differ-ant) www.carparkrecords.com
|
|
October
Language réunit une collection de pièces ambiantes perturbées
de constructions mélodiques en droite provenance de la Nouvelle
Orléans, ville endeuillée s'il en est. Le propos du disque rejoint
ici la linéarité de sa cité, prescrivant des effets de guitares
Fuzz, des échos d'accords en perdition, des lignes fuyantes de mélodies.
L'univers de Belong n'est jamais plus proche des atmosphères de
Fennesz, FSA, Spaceman 3 ou My Bloody Valentine ou
Tim Hecker que lorsque le duo laisse errer ses réflexions.
Les harmonies et inflexions de la guitare, stratifiées en longues
plages horizontales droniennes, ondoient lentement, laissant doucement
s'élever par leurs vibrations la poussière du sol, créant un écran
opaque, duquel émergent à l'occasion quelques faisceaux de mélodies
cristallines. Une quête d'apesanteur est à l'œuvre, laissant notre
esprit flotter entre désœuvrement et dérives imaginaires. Un album
sans origine, ni directions, dont les coordonnées géographiques
semblent à jamais égarées. D'une inquiétante beauté ! Très
beau !!
|
|
EPITAPH
For John - John
Watermann 19.02.1935 - 2.04.2002 (Korm
Plastic/ Metamkine)
|
|
En
décidant de clore, sous la forme d'une épitaphe musicale l'œuvre
de John Watermann, Korm Plastic a sans doute réalisé le souhait
inavoué du multi-artiste australien. Homme aux multiples facettes,
tour à tour photographe, documentariste, joaillier, réalisateur,
peintre, écrivain, john Watermann semble avoir voué sa vie
à la création. Le déclencheur de cette envie constante de rencontres,
de projets de vivre chaque instant, de laisser une trace tient sans
doute à une enfance gâchée, enrôlée de force dans les jeunesses
Hitlériennes.
Son installation en Australie, (Brisbane), marquera le départ de
sa sur-activité. Il viendra à la musique assez tardivement, via
le format K7. Nighshift, son label,qui lui donne l'occasion
de diffuser ses premières œuvres ; début d'une production, si ce
n'est pléthorique, du moins intense, entremêlée de collaborations
fortuites, heureuses (Merzbow) progressant à couvert sous
divers pseudonymes (Radio Mull, Spinal Machine, Total Disease),
intervertissant quelques fois les supports via le webzine (Lean
Yellow Supporting) ou sur CD-Rom (Rose is a rose) Homme
d'actions et de créations, la maladie
n'affectera jamais totalement son énergie,le laissant le soin de
bâtir des projets sur la comète. Ce disque est la bouture inachevée
d'une collaboration amicale entre John Waterman et Frans
de Waard, mais c'est aussi un subtil appel à la vie, ou du moins
au refus de l'oubli. A partir du point d'inachèvement de leur collaboration,
début informel d'échanges, les quelques pièces, travaux, orientations
envoyés à Frans de Waard, ont servi de base de travail. Un
ultime hommage réunissant quelques uns des plus illustres musiciens,
parmi lesquels Asmus Tietchens, Ralf Wehowsky ou encore Masami
Akita. Le traité et les remixes ont évidemment un goût de bruitisme
et de douleur rythmique. Le titre originel, Towong Cementary
restant d'une rare prégnance, beauté informelle de l'improvisation.
Pour garder à flot la flamme de sa mémoire.
|
|
NEXT
TO NOTHING - a
collection of tuxedomoon cover (Optical Sound)
BIDIBOP
- Merry Go Round (Optical Sound)
|
|
Next
To nothing, loin d'être une impasse, est un tribute à
Tuxedomoon, groupe américain emblématique du label Crammed
(aux côtés de minimal compact) signé auparavant sur le label des
Residents (Ralph) dont le style, mélange de new wave -cold
wave européenne, post- punk, et d'accents arty, d'emprunt jazz,
d'expérimentations bossa, néo-industrielle aura fait les jour heureux
des early eighties. Optical sound, en œuvrant à la redécouverte
/ ré-intronisation de ce groupe s'offre l'ingénieux luxe de convier
une poignée de musiciens contemporains, permettant au passage de
mettre à jour leur amour pour ce groupe ou plus prosaïquement leur
talent de relecture d'un morceau. L'affiche est splendide, inespérée!
Comment rester de marbre à la lecture des artistes invités : Scanner,
Palo Alto, Simon Fisher Turner, Black Sifichi, Laurent Pernice,
Norsq, David Fennesh, Ramuntcho Mata, rien que ça.
On trouve aussi des artistes en attente de découverte, les Hauts
de Plafond, El Tiger cosmic group, Versari, Jacques El, Deux Pingouins,
etc.. Au final, les perspectives musicales de chacun viennent enrichir,
accumuler, embellir la ligne directrice des morceaux de Tuxedomoon,
ambiances si particulières sustentées de spoken word délétères….
Tout en conservant la profonde intégrité de leur démarche. Une musique
autrement plus intuitive et riche de sens, malgré ses 30 années
de passif, que la majorité des productions actuelles. Une compilation
qui vient deux années après la sortie de Cabin in the Sky
(où figurait le gota mondain, parmi lesquels John Mc Entire,
DJ Hell, Tarwater), ranimer le souvenir, sans doute avec encore
davantage de vivacité de ce prodigieux groupe.
Autre temps, autres mœurs,BIDIBOP, soit Vincent Nicolas,
ex Automne à Lobnor (en compagnie de Mister Sébastien
Roux) au détour de son projet Bidibop, nous convie à
une exploration intrusive dans l'univers de l'électronica et de
la pop mêlée. Difficile de tenir la gageure tant quelques éminents
labels ont déjà creusé dans les limbes du style, depuis Morr
à Vertical Form, CCO ou encore Plug Research.
Pour autant, la profusion d'artistes et d'approches réunis sous
cette bannière ne semble pas avoir perverti les réflexions d'ensemble
et les courbures charnelles de ces compositions. On est rapidement
sous le charme de ces mélodies graciles, évanescentes, confusément
affectées dont la teneur peut rappeler pour les moins imaginatifs
d'entre nous certains armateurs de sons de chez Morr,. La
pâle froideur de l'hiver, la rigueur monastique des intrusions électroniques,
le regard poétique porté aux environnements semblent proches d'un
Takemaru Nazakami, mais aussi de la langueur chaude d'un
Dntel, la froide distance d'un Schneider TM ou l'introversion
naïve d'un FILFLA sur Plop ; De la musique de chambre
pour enfants rêveurs. Très bon.
|
|
ELECTRIC
PRESIDENT S/t (Morr music/La Baleine)
|
|
Petit
préambule : Ah les pochettes de Human Empire : y' a pas à dire,
c'est vraiment la grande classe !! ELECTRIC PRESIDENT vient
gentiment dynamiter la belle unité de façade lap- pop-électronique
du label allemand Morr Music. Les deux jeunes branleurs derrière
ce projet ont visiblement du mal à contenir leur fougue et la satiété
créative de leur imaginaire. Ben Cooper et Alex Kane ont
décidé de défaire leur patrimoine musical contemporain à la chaleur
des lampes d'amplis. On navigue dans un climat pastellisé (que n'aurait
pas renié The Go find), moucheté de voix légères et flottante
façon Labrador rec., émaillé de petites imbrications indie
pop à filiation rock (Postal Service) et de rythmiques désaxées
façon Why ? (ce léger accent américain) Leur musique verte
et juvénile, nourrie à l'essence des Beach Boys ou d'Oasis
alterne les évènements acoustiques ou électriques, prétextant à
l'occasion des chants affectés très brit pop. Toujours est-il, Les
Electric President, du haut de leurs 20 ans semblent une
relève prometteuse aux côtés de l'excellent et isolé album de The
Busy Signal s " Busy Beats " A découvrir d'urgence !! De la
pop à son plus haut.
Petit
postbule : La pochette est à peu de chose près aussi radieuse
que leur musique, mélange de calligraphie ample et délurée et de
graphismes naïfs et pastels.
|
|
B.
FLEISCHMANN - the
humbucking coil (Morr
Music/ La Baleine)
|
|
Monsieur
Fleischmann nous habitue à la régularité de sa production
depuis quelques années déjà. Après son splendide double album Welcome
Tourist, longues pièces aux harmonies horizontales et éthérées,
il revient à un format plus classique avec 8 morceaux d'une durée
moyenne de 5-6 minutes. On retrouve son alter-ego de l'ombre, Christof
Kurzman, qui joue tour à tour de la clarinette et de l'écriture
(vocale et musicale) ainsi que Christof Amann à la production. Le
propos de The Humbucking coil est foncièrement plus chaleureux,
caressant l'idée d'un métissage entre ossature Jazzy et évanescence
post-électronique instrumentale.
La douce léthargie,
la torpeur ouateuse, caractérisant les compositions de Fleischmann
s'octroient quelques déviances, laissant de temps à autre l'énergie
brute et compacte prendre l'ascendant. Ce disque ne bouleversera
pas la face du monde, pour autant, il œuvre dans le sens d'une marche
vers davantage de pluralité et d'ouverture d'esprit (si, si ).
De jolis moments
en perspective en attendant l'été !
|
|
WURST
autoprod. (TRIXIES
DVD/ SOUTHERN)
|
|
Wurst
n'est pas un groupe oublié de la scène allemande Krautrock
, Wurst n'est pas non plus un projet festif conçu autour de la fête
de la bière à Munich. Wurst a un concept fort : réconcilier les
tour operateurs avec les régions allemandes, redonner le goût de
l'Allemagne aux français, en faisant découvrir la richesse de son
terroir, de ses paysages, de sa gastronomie. Art culinaire porté
aux nues jusque dans le nom du projet, Wurst, "saucisses",
Le projet se veut ironique, pourtant la démonstration musicale de
Wurst ne prête pas nécessairement à rire, Batterie, basse, Clavier,
Guitare, scie musicale, instrumentaux divers composent l'univers
du groupe. Les chefs d'œuvre d'humour, tels que la Poméranie,
remake teuton de la Californie nous entraîne en forêt noire, tandis
que les autres titres nous rappellent que Derrick a peut-être été
le Clint Eastwood allemand. A méditer ..
|
|
NIK
Bärtsch's RONIN Stoa (ECM /ecm)
|
|
Nik
Bärtsch, dont on avait pu lire une interview passionnante dans
un Wire récent vient réinvestir les premiers rangs du label
ECM à l'occasion de ce Stoa.
Erudit
amateur de Steve Reich et d'autres chantres de la musique
minimale répétitive, il porte un amour inconsidéré pour les structures
réitératives, ce qu'il nomme de rituel Modulaire. Mélangeant ressac
harmonique, ses constructions mélodico-rythmiques emplissent avec
mesure l'espace, laissant l'esprit de l'auditeur s'y accoutumer,
prendre ses marques, pour ensuite l'engager dans quelques sentiers
sonores battus de sa création.
Ce pianiste, en voulant parachever un univers fomenté autour de
l'œuvre de Reich (elle-même inspirée d'autres cultures d'asie)
cherche à trouver un équilibre…l'équilibre qui semble parfait… Pourtant
la tentative de métissage/ d'interaction avec la musique minimale,
comme une hypothétique Troisième voie, ne prend pas, laissant à
la musique un second rôle, singeant les "décorums musicaux", les
"habillages de revues" de certaines compagnies théâtrales De cette
alchimie naît la dissolution, et du jazz et de la musique répétitive
qui perd dans ce surcroît d'effort son intégrité, à l'exception
de rares titres qui quelquefois dérivent sur le funk (les cordes
graves du piano rappelant la basse).
|
|
MELMAC
s/t (
Ronda rec/ www.ronda-label.com)
|
|
La
part de renoncement, les enjeux de conflits prennent trop souvent
le pas dans l'existence d'un groupe pour en assurer la pérennité
…Aussi, lorsqu'un groupe affronte avec la même constance l'exercice
de l'album, il convient de le célébrer. Ce nouvel album de Melmac
nous fait prendre conscience du temps qui passe. 3 ans déjà que
les secours arrivent et prennent le relais est sorti, 3 longues
années Sans doute la permanence du duo tient pour beaucoup à cette
fratrie des Deverter, une union sacré où le sang et l'amour des
climats spacieux et des beaux arrangements jouent le rôle principal.
L'enthousiasme
de la création n'empêche pourtant pas la noirceur de l'interprétation
; une vision plus réaliste diront les uns, crue et décharnée diront
les autres. Une pesanteur de plomb semble ainsi avoir pris la gouverne
des morceaux, asphyxiant autant que faire se peut l'aspect juvénile
et primesautier des compositions. La patine du temps à épaissi leurs
travaux. Les compositions laissent sourdre une esthétique complexe
et déshumanisée ; une vision onirique et obscurcie de la réalité.
Pour être plus prosaïque, Melmac semble avoir trouvé un équilibre
inespéré entre l'expérimentation lunaire d'artistes et labels tels
que Static Cloud et Mnortham, d'élan pastoraux à la
Tralala band/ GSYBE, de ritournelles entêtante à la Encre
( ce second titre) et de nuisances auditives et sonores à la Sonic
Youth- Acetate Zero. Les spectres de voix sans authentification
ni sens, la lente litanie de mélopées, les titres arrachés à la
torpeur participent de cette douceur et vivacité étrange qui environnent
chaque titre de ce duo ! Un album qui se révèle à chaque nouvelle
écoute !
|
|
MY
NAME IS NOBODY " I Hope You're well…I Am and Isend you my fingers
" (Effervescence/ )
|
|
Empruntant
autant au lyrisme du Dead Man de Jim Jarmusch [auquel
le nom du groupe fait allusion] qu'à l'inspiration débridée des
armateurs de chez Constellation (Ah ! Les intitulés à rallonge du
Tralala band….) , MY NAME IS NOBODY vient consumer l'esprit
d'un folk pastoral ancré dans une certaine idée de l'Amérique. Un
album où cohabitent les plus belles contradictions ; œuvre d'un
seul homme, Vincent Dupas, " I hope you'r well… "
respire pourtant la chaleur de la fratrie et les fragrances de l'amitié
Une poignée de proches [The Desert Fox (Faustine,Seilman/ Erwxan
Fauchard/ François Gautreau) ] constitue ainsi le pré-carré
du compositeurs interprètes, réunis autour d'instruments (basse,
guitare acoustiques/ électriques, piano, orgue, chœur.. cavaquinho)
et de la touche inimitable de Miguel Constantino à la production.
Loin d'être emplies de légèreté ou de naïveté, ses compositions
sont empruntes d'un désenchantement sans gravité que seul arrivent
à transcender les courants folk et lo-fi. Les Palace Brothers,
Will Oldham, Johnny Cash, Leonard Cohen, Nicolas Dunger, autant
d'influences majeures qui ne disent pas leur nom sur ce disque.
Au demeurant, l'album porte le sceau de la spontanéité, de l'impétueuse
jeunesse, ses élans inconsidérés, ses petits défauts de façade,
sa fougue et ses égarements flamboyants. Un album attachant avec
un bel esprit et de superbes restitutions de climats . Très beau
! Encore un magnifique disque à la charge d'Effervescence,
merci à eux !
|
|
FORDAMAGE
S/T (Kythibong/ musicast )
|
|
Fordamage
est la réunion de 4 éléments instables, de genre masculin, . Comme
bien souvent la somme qui forme Fordamage ne se résume pas
à la simple addition de ces 4 humanités et donne à lire au-delà…
Une furieuse énergie dévolue à la matière électrique, transformée
en sonorités sous divisés en rythmies-arytmies. mélodie. Fordamage
creuse la terre avec les mains, compose avec ce matériau brut et
noble pour la transformer en une matière pas moins noble, mais finie,
travaillée, ciselée. Fordamage est de ces genres de groupe dont
l'harmonie consiste en une disharmonie, la rythmie se fait jour
dans la rupture. Les saccades, les disruptions, les chaos , l'arythmie
ont ici voix au chapitre , donnent toute leur puissance, gansés
qu'ils sont des silences On pense à Shellac ou Fugazi
pour le radicalisme, à Uzeda, à Don caballerro, ou
au Dazzling Killmen pour la tension animale. Une densité
brute et palpable ! Qui nous renvoie quelques années en arrière
à l'époque ou les somptueux fanzines Kill Your Idols et Sonic
régnaient sur le continent français ! Teckel, Blisters, Touchmystrings,
Motherfuckers, Dentelle, composent cette toile de punk intelligent,
d'émo-noise d'une rare beauté, rappelant les temps forts de labels
aimés tels que Trance Syndicate, Skin Graft, City Slang...
D'apparence
anachronique à l'ère du tout lap-top et numérique, ce disque
éponyme se révèle une bouffé d'air vitale pour tous ceux (dont j'avoue
faire partie) avaient mis au banc leurs émois de jeunesse... On
ne devrait jamais renier ses premiers amours ! Chez Jade, on aime
!
|
|
HOWARD
STELZER/ GIUSEPPE IELASI - Brombron
08 : Night Life (Korm
Plastics/ Metamkine)
|
|
Le Projet Brombron
est la collaboration naissante entre Stallplaat et Extrapool,
concrétisée par le désir et la volonté de Frans De Waard.
Une division qui œuvre à matérialiser les projets-jusqu'alors ajournés-,
via le prêt d'un lieu, une résidence à Extrapool, le temps
d'un enregistrement sur un label de diffusion, Brombron.,
Les rencontres et orientations d'artistes/ compositeurs/ musiciens
dont l'emploi du temps ou la distance avaient jusqu'alors rendu
vaines toutes possibilités de concrétisations. Howard Stelzer,
originaire de Cambridge aux USA qu'on a vu précédemment traîner
sur Absurd, sedimental rec, ou son label (Intransitive)
au côté de Jason Talbot et Giuseppe Ielasi résidant
à Milan, affilié à la scène électro-acoustique, connu pour ses projets
sur Ertswhile, Bowindo ou Hapna, plus récemment et ses multiples
collaborations avec Dean Roberts, Alessandro Bosetti, Renato
Rinaldi … Les deux hommes avaient ce projet de rencontre depuis
1999-2000, suite à quelques échanges entre leurs 2 labels respectifs
:Intransitive et Fringes. Bâti autour de cette amitié
naissante et d'une communion d'esprit, Night Life utilise
le savoir-faire des 2 hommes, cassettes à bande, guitare, percussions,
usage de l'électronique et des microphones, esprit d'improvisations
et d'expérimentations. La composition effleure les rivages de leurs
thèmes de prédilection, tissant des liens entre un folk traditionnel
éthéré à la Dean Roberts, mêlant des sonorités noyées
de rythmiques lointaines, effleurements de cymbales, palpitations
discrètes jusqu'à des échos lointains de rythmes sourds, la résonance
d'arrière plan d'un environnement dronien. L'intitulé, tiré d'une
nouvelle d'Arthur Russell loosing my taste, for the nightlife
évoque autant l'univers flottant de méditations nocturnes que l'empreinte
oscillante du temps qui passe inéluctablement. D'une belle intensité
|
|
JOE
COLLEY/ JASON LESCALLEET - Brombron
09 Annihilate this Week (Korm
Plastics/ Metamkine)
|
|
Le
plafond nuageux est bas, d'un gris ardoise aux reflets cendrés,
la scène se passe à Nijmegen, Hollande. Joe Colley et Jason
Lescalleet, 2 compositeurs majeurs de la scène contemporaine
européenne vont, dix jours durant, oeuvrer dans l'intimité d'un
lieu, Extrapool, à redéfinir les marges de leurs travaux,
confronter leurs 2 humanités, converser, pratiquer le leurre émotionnel
via leurs guitares.
Issu des scènes électro-acoustiques, Joe Colley , membre
fondateur de Crawl Unit afait de l'instabilité sonore son
champ d'exploration privilégié. Une mise en scène des sons où
l'aléatoire joue le rôle principal. Jason Lescalleet, pour
sa part, s'est distingué dans le travail des manipulations informatiques
et des boucles magnétiques, transposant, ré-agençant, transfigurant
la matière brute de ces collaborations. Repéré au détour de Mattresslessness
sur CUT, il construit son cheminement sur l'improvisation,
son mûrissement hors des sentiers balisés. Il jette des passerelles
entre deux genres, qu'il connaît bien, puisqu'il est ici question
de structures improvisées, d'une part, et d'explorations approfondies
des sons extrêmes d'autre part. C'est dans l'emploi d'un matériel
rudimentaire ; outillage de K7, d'objets trouvés, de disques durs
et de circuits électroniques disruptifs que Jason Lescalleet a trouvé
sa demeure, son gîte.
Un musicien qui a participé à beaucoup de collaborations captivantes,
notamment avec John Hudak, Franscico Lopez, nmperign, Ron Lessard/
Due process, Achim Wollscheid,.. Les 2 artistes favorisent ici
une mise en espace épurée de leurs compositions. A mi-chemin d'une
poésie sonore concrète du quotidien, de phases d'écritures dronienne
répétitives et de cacophonies organisées, de bruitisme liturgique.
Plante vénéneuse entre toutes, Annihilate this week ales
attraits de ces fleurs prédatrices de la nature, d'une beauté effarante,
au plus proche de la tentation tout en gardant cette profonde toxicité.
|
|
MODERN
INSTITUTE Excellent swimmer - (Expanding
records/ Differ-ant)
|
|
L'Italie
n'en finit plus de nous faire parvenir une sémillante et renouvelée
génération de créateurs tout azimut, sans a-prioris créatifs et
dont l'approche, souvent singulière et pénétrante semble être
le leitmotiv. Modern Institute, composé de Teho Teardo
et de Martina Bertoni est de cette veine ; Ils font ici leurs
premier pas dans le monde de la production, dans un vocabulaire
cher à Expanding Records, tour à tour complexe, intuitif,
synthétique et ambient (voir house). La rencontre des 2 musiciens
naît de l'opposition (à moins qu'il soit question de superposition)
entre les affects variés des guitares, du Rhodes et des éléments
programmés en conflit avec le Cello.
Les sonorités
du Cello, justement, sourdes et profondes, ont un caractère du fond
des âges qui tranche nécessairement avec la musique de surface que
procurent les autres instruments, analogiques et numériques confondus.
L'âge des musiciens les oppose également, Teho Teardo est
un compositeur de renom, ayant oeuvré à l'achèvement des
climats et ambiances d'artistes comme Placebo, Nurse With Wound,
Scorn, Lydia Lunch ou Rothko, entre autres collaborations pour
le cinéma ou aux côtés d'Erik Friedlander (album récent sur
Ipecap/ membre de Massada) sur un album hommage à Pasolini… Martina
Bertoni, pour sa part à une maîtrise aiguë de son instrument
(débuté à l'âge de 6 ans), et dont les ondes se sont propagées
jusque dans des collaborations aux long cours . Un traité de musique
atmosphérique grêlé de mélodies sinusoïdales et entêtantes. Quelque
part entre l'instrumentation d'un Encre ou FS Blumm.
Très bon !
|
|
MILLER
+ FIAM Modern Romance (Expanding
records/Differ-ant)
|
|
Le
label de Ben / Si Cut DB met ici à l'honneur le continent
australien à la faveur de 2 de ses ambassadeurs, Dave Miller
et Harry Hohnen (Ou Fiam). De leurs précédents albums,
parus respectivement sur Background rec (Mitchells Raccolta)
pour Dave Miller, et Hefty Records pour Harry Honnen
(sous le pseudonyme de Victor Bermon), ils auront su conserver
l'expression personnelle de leur savoir-faire. Miller semble s'attacher
plus volontiers à l'extraction de rythmes ambiguës , d'harmonies
rotondes et cadencées ; Fiam laissant bien davantage son
amertume et sa mélancolie tendre les lignes d'une instrumentation
langoureuse aux teintes gris-ardoises. Malgré une disposition de
titres laissant doucement sombrer l'auditeur dans une torpeur engourdissante,
, diffuse, prompte à l'endormissement des sens, on a du mal à sortir
purifié de ce bain de vapeur qui flirte trop souvent avec
une ambiente au caractère mou et indéterminé.
|
|
DICTAPHONE
- Vertigo
II (City
Centre Offices/ La Baleine)
|
|
Les
effusions Jazz mêlées aux nappes fragiles d'électroniques qui gansaient
le premier album de Dictaphone s'apparentaient bel et bien à un
vertigo originel, assez proches dans ses vues de l'album de Kammerflimmer
Kollektief sur Cicadidae. Oliver Doerell et Roger
Doring avaient réussi un joli paso-doble en inscrivant ces boucles
lascives de pop-électronica dans le champ plus large de l'histoire
musicale, donnant ainsi à leur aères une épaisseur tactile, camphrée
à la patine du temps. Difficile d'en rester là pourtant, de préférer
le statut quo à la découverte de nouveaux paysages. Ancrée dans
leur mentalité, cette soif d'ailleurs se traduit alors sous une
nouvelle optique sonore dont ce vertigo II est le fidèle reflet.
Tout en conservant les matériaux liminaires de leurs constructions
mélodiques, le duo allemand aprogressivement laisser vaquer la mélodie
vers l'abstraction, au-delà d'un point de non-retour, aux confins
des musiques environnementales synthétiques et d'une ambiante contemporaine.
L'esprit de Badelamenti, pendant musical de Lynch autant
que les alcôves d'un Talk Talk -première époque- sont ici
en suspend. Des mélopées addictives qui serpentent sur l'horizon
en guise de trame, l'empreinte fugitive d'une bande son onirique
où l'imbrication improbable d'un Anouar Brahem, de sensibilité
Isanienne et de micro symphonies elliptiques à la Oval
tiennent le haut du pavé. Le résultat est d'une beauté gracile ;
une dérive de fragilité ourlée de sentiments feutrés. Un groupe
aux confluents des genres, marqué par la grâce.
|
|
TERJE
RYPDAL - Vossabrygg
(ECM/ ECM)
|
|
Terje
Rypdal est une entité une et indivisible d'ECM ; un point d'équilibre
dans sa structure, comptant près de 35 albums en son nom
ou en collaboration (et une cinquantaine sur d'autres labels…),
il fouille, excave depuis 1967 l'ensemble des possibles de son instrument,
la guitare, comme médium central de sa composition auquel vient
se joindre un spectre d'instruments divers (trompettes/orgue..)
L'attachement non tant à l'environnement (vision anthropique) qu'
à la nature déborde le simple cadre du cliché ou de l'anecdote sur
les albums de Rypdal. Les éléments naturels vous cernent,
pareil à un tapis végétal de mousse et de feuilles mêlées. L'axe
ici défendu s'attarde sur un travail d'écriture affiné, mêlant percussions,
cuivres, cordes. Un mélange de plénitude assourdissante, d'effusion
organique, où la notion de Jazz disparaît à mesure que surgissent
les orgues vikings. Terje Rypdal a cette faculté évidente
à créer des climats de dissimilitude, de dissemblance où la charge
émotive navigue entre les deux extrémités du spectre. Du Grand ECM
!
|
|
Takashi
WADA araki (Onitor/
La baleine)
|
|
Araki
est là pour nous rappeler que le lap-top reste avant tout un instrument
(de type numérique) dont l'usage semble se plier à la volonté et
à la sensibilité de celui qui l'utilise. Qu'il soit question d'ultra-minimalisme,
comme c'est le cas chez Kozo Inada, Ryoiji Ikeda ,
d'un bruit blanc pondéreux dans la perspective choisi par Merzbow,
ou de délires digitaux stratifiés (XperX) La particularité
du japonais qui signe ici sur un label dont l'optique est clairement
ouverte sur l'ambiante et l'house, est de gommer jusqu'à l'excès
toute référence à l'électronique, privilégiant une approche tantôt
organique, tantôt analogique. L'usage d'une guitare, supplément
analogique à cet album soyeux et discret, rend presque indéfectible
la présence d'usage numérique. L'amour du Jeune Wada pour
le Jazz (sa formation initiale) et les compositeurs classiques (il
a étudié le piano) et les musique de films rappelle de manière diffuse
les créations de Ryuchi Sakamoto, d'Enon, de Damon Aaron
mais aussi certains de ses compatriotes comme Taku Sugimoto,
ou Takeshi Nishimoto, moitié de I'm Not a gun au côté
de John Tejada, pour l'aspect naturel et évanescent de ses
maillages d'atmosphères. Une ambiante -atmosphérique qui sied bien
à nos civilisations urbaines. D'une voluptueuse grâce
|
|
Doug
THERIAULT/ Bryan EUBANKS " Big Clouds in the sky Today" (Creative
sources rec/ Metamkine)
|
|
Ces
2 artistes, basés à PORTLAND en Oregon travaillent sur la
chose électronique. Doug Theriault à partir de la guitare,
Bryan Eubanks s'attachant davantage à l'expérimentation autour
de circuits disruptifs. Theriault s'est fait connaître en
travaillant sur un ensemble de Médium, depuis la musique de films
indépendants à des productions de visuels, de musiques pour compagnies
de dance. Cependant, c'est bien davantage son ultra sensibilité,
son idiosyncrasie d'arpèges, la finesse des ses manipulations sur
la guitare qui ont fait sa renommée. Usant et abusant d'additifs
concrets, de sons électroniques,en vue de créer une forme sonore
abstraite et fluide, fugitive. Bryan Eubanks , boss du label
Rasbliutto, lui aussi originaire de l'Oregon, a travaillé
aux côtés d'Andrew Lafkas, chris Cogburn ou encore Joseph
Foster.
Privilégiant
le geste musical sur 2 longues plages, les deux musiciens à force
d'entrechoquements finissent par fusionner leur manipulation en
un jeu virtuose d'une belle abstraction. Un traité post AMM
des plus intéressants.
|
|
SHUGO
TOKUMARU "LST" (Active Suspension/ rue Stendhal)
|
|
Alors
que la musique du 19ème siècle oeuvrait à l'émergence d'une " objectivité
bourgeoise" sorte de regard intimiste des auteurs sur eux mêmes,
Le 21ème siècle prend la tournure d'une "objectivité prolétarienne
" regard singulier de l'être humain au creux des sociétés en mouvance
; le jeune japonais Shugo Tokumaru ne semble pas déroger
à cette règle, en offrant à l'écoute une vision en miniature et
en micro relief de ses univers et visions folk-pop et électronica.
Là où Night Piece, premier album sorti en catimini sur Music
Related s'attachait à croiser avec une élégance presque instinctive
instruments désuets ou atemporels (Scie Musicale, ukulélé, guitare),
d'effets de boucle et de contre effets de delay sur fond d'exotisme
vocal (le chant en japonais) et de métronomie de l'enfance pour
des vacations jamais éloignées de la musique de chambre. LST reprend
le flambeau, accentue la dynamique de fragilité et d'expérimentation
en délicatesse. Loin de l'asthénie, l'album regorge pourtant de
tension fugitive, de coups d'éclats discrets ; une sorte de révolution
aux œillets dans le cadre douillé d'un salon hi-fi stéreo. Dans
les méandres d'artistes à l'apparente et similaire physionomie (les
clique de chez Morr/ thrill Jokey) Shugo Tokumaru tire
intelligemment son épingle du jeu, sans doute par la fragile dynamique
et les modulations floues et esthétisées de ses compositions. Une
sorte de Daniel Jonhston- Pierre Bastien de l'électronica.
|
| |
|
|