| L'ascension du haut mal |
David B. |
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Déjà,
dans St Paul et dans St Jean on tend à concevoir la Fin comme si elle
se passait à chaque moment; cest lendroit où le concept de
CRISE est né -St Jean joue sur le mot grec qui signifie à la fois jugement
et séparation. (...) LApocalypse nest plus imminente,
elle est immanente. Comme "Maus", "L'Ascension du Haut Mal" raconte l'histoire d'un traumatisme inscrit dans lhistoire personnelle de lauteur, et revisité avec beaucoup de lucidité. Un récit en forme d enquête et qui se pose des questions de méthodes, autant que des questions de fond. Au centre du récit, comme dans "Maus", un personnage qui se fabrique une cuirasse pour résister à une crise. On sait que l'état de crise permanente est ce qui, dans la cosmogonie judéo-chrétienne a fini par remplacer la notion de Jugement Dernier; la modernité, c'est une apocalypse par seconde et par personne... Mais pour l'enfant que fut David B., l'Apocalypse, la Crise qui secoue lexistence à chaque instant porte un nom, se manifeste par des signes reconnus de tous. Elle frappe épisodiquement son frère aîné, et on l'appelle une"crise d'épilespie". Le père de Spiegelman (l'auteur de Maus), plongé dans les horreurs de la Shoah s'était construit une écorce incroyablement résistante: une attention à chaque détail concret le tissu dun pantalon, un morceau de pain.. . Dans cette attitude se manifestait peut-être la forme première de la culture: l'art de l'inventaire qui est aussi, sans doute, le premier art de la survie (ex : l'inventaire de Robinson dans l'épave de son vaisseau, qui lui vaudra un crédit illimité sur son île). L'enfant que fut David B. se confectionne une cuirasse apparemment très différente : une cuirasse d'imaginaire, mais parce que la crise quil affronte est intérieure; sil y a inventaire, cest celui des ressources intérieures : desforces", des "totems",des "images", des "histoires" ... On est donc
loin des petites évasions pour tromper l'ennui; ici, il s'agit de résister
aux cascades de conséquences générées par cette maladie qui frappe juste
à côté, ce frère qu'on a toujours connu, ce "grand frère", qui
se transforme inexplicablement en "bébé frère" chaque fois qu'il
se recroqueville dans sa crise. Face à ce seisme intérieur , le petit
frère fait ce que ses parents ne parviendront jamais à faire : il
se construit un système de défense personnel. Il renforce toutes les fondations
de son monde intérieur. Pas étonnant que par la même occasion, il devienne
à son tour bâtisseur de mondes (à travers ses bandes dessinées qui sont
de véritables cosmogenèses.). Ces machines, ces armes, David B.les trouve dans les livres d'Histoire: batailles fabuleuses dont il imagine chaque détail, et que son dessin recueille, assemble et dispose sur la page blanche. Enfance dun guerrier-dessinateur. Pendant que les adultes, déboussolés, consultent tous les charlatans imaginables, le petit frère se construit une cosmogonie personnelle, parfaitement efficace, une machine de guerre qui perce tout les pièges, tous les stratagèmes trompeurs inventés par les adultes pour "traiter" la Crise du Haut-Mal. Et dans ces machines de guerre, il y a des cuirasses bien sûr, pour garder le regard droit au milieu de l'Apocalypse, des armes de toute espèces, le don d'ubiquité (on devient foule, une multitude), et puis... les totems. Les yeux, les dents, les masques... Des choses mentales (Léonard disait du dessin quil était une "chose mentale"), qui sont effectivement des armes graphiques, et des briques dunivers. L'Ascension du Haut Mal nous donne la clé des autres livres de David B. Son album "Le Tengû Carré" (par exemple) est une extraordinaire histoire guerrière et totémique qui ne peut qu'être mieux lue encore, si on connaît sa dette envers la guerre du Haut Mal. . En tout cas, il y a aujourd'hui une façon de faire de la bande dessinée en racontant la vie intérieure et extérieure, une manière dinvoquer toutes les forces narratives et graphiques qui participent à la construction subjective du réel. Cette manière n'appartient qu'à David B. T.Smolderen |
- ![]() Les crises d'épilepsie de Jean-christophe. ![]() Dans la communauté macrobiotique où la famille B. séjourne pour guérir Jean-christophe, les enfants sont continuellement affamés et saisissent la moindre occasion pour aller se nourrir chez les voisins... ![]() |
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