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France : éditions Albin michel, 1990
ISBN 2-226-05152-8
Maggie et Hopey
sont les héroïnes principales de Modern sex.
Amies à la vie à la mort (et même un peu plus que cela), elles évoluent
dans une banlieue 'chicano' assez banale de Los Angeles nommée Barrio
Huerto. Petits métiers, bleuettes et ragots de quartier font leur quotidien.
C'est un soap-opera un peu amer dans une amérique hispanique très crédible,
un West Side Story punk-rock.
Hopey a suivi la tournée de Terry, une musicienne, mais on croise son
ombre à chaque coin de rue. Maggie vit un âge délicat : jeune adulte,
elle travaille et voit avec une pointe de nostalgie que son monde se transforme
et se durcit. Mais c'est aussi une enfant : ses grands amours d'adolescente
la hantent toujours et elle n'a pas encore l'âge d'acheter de l'alcool.
Vicky, la tante de Maggie vient de perdre son titre au Catch contre une
Ukrainienne ; Penny Century, une amie qui rêve de devenir la super-héroïne
"Atoma", a épousé un vieil homme richissime. Elle abuse de toutes
sortes de drogues... et de ses gardes du corps ; Ray Dominguez, dont Maggie
avait autrefois prétendu être la petite amie revient en ville ; Esther,
la petite soeur de Maggie, hésite entre deux garçons de bandes rivales
; Enfin, embarqué dans de petits flirts qui déclencheront presque une
guerre de gangs, Speedy Ortiz finira sa jeune vie suicidé ou assassiné,
après avoir avoué à Maggie qu'il n'avait jamais aimé qu'elle.
En refermant
l'album, on ne doute pas une seconde de l'existence concrète de ces personnages
et de leur univers. On peut légitimement soupçonner une forte charge autobiographique,
puisque l'amérique de Maggie et Hopey est aussi celle qui a vu grandir
Jaime Hernandez et ses frères, et on peut donc penser que cette si grande
"vérité" vient tout droit du vécu de l'auteur, mais ce n'est
pas tout. Les comportements ou les dialogues de chacun sont toujours très
"bien vus", très cohérents ; le dessin renforce encore l'adhésion
du lecteur à la cosmologie de Mechanics (c'est le véritable nom
de la série), car Jaime Hernandez est un styliste très doué. Enfin, ses
personnages sont assez attachants pour qu'on les veuille croire vrais.
Visiblement très amoureux des femmes, J.H. leur donne la part belle avec
une justesse de ton qui n'avait sans doute jamais existé sous la plume
d'un homme dans la bande dessinée américaine, tant indépendante que mainstream.
L'oeuvre
de Jaime Hernandez a subi toutes sortes de mutations : humoristique à
ses débuts, naturaliste ici, science-fictionesque parfois,... mais la
fidélité de l'auteur envers ses propres créatures ne s'est jamais démentie,
puisque ce sont elles, justement, qui font son oeuvre depuis quinze ans.
Près de mille pages et deux cents personnages composent cette véritable
saga dont le présent recueil n'est qu'un tout petit extrait.
Le titre
Modern sex, un tantinet racoleur, peut donner une fausse idée de
cet album qui compile quelques unes des meilleures bandes publiées par
Jaime Hernandez dans le magazine Love and Rockets (Amour
et fusées). Ce magazine publié par Fantagraphics, Contient aussi des oeuvres
des deux autres "bros Hernandez", Gilbert et Mario (ce dernier
n'a collaboré à L&R qu'au tout début).
Love and Rockets a cessé de paraître en 1990 (n°50), chacun des
frères Hernandez continuant son travail indépendament de l'autre.
En
français, on ne trouve que trois autres albums : Pain, amour, fusées
(1983, ed. Humanoides associés) qui contient des bandes dessinées de Jaime
et de Gilbert Hernandez et Mechanics (1988, ed.Glénat, collection
Comics USA). Dans Mechanics, Maggie est partie inspecter un vaisseau
spatial échoué dans une jungle improbable pour le compte du gouvernement
: aucun rapport avec le recueil 'Modern sex' à première vue, mais les
personnages sont les mêmes et la délectation reste au rendez-vous. On
y suit entre autres la cavale de Penny Century aux côtés d'un homme de
main de son mari et les aventures abracadabrantes de la Titañon, une catcheuse
professionnelle (et autrefois chalenger de Vicky, la tante de Maggie)
qui occupe son temps, entre deux championnats, à déclencher des révolutions
dans le tiers-monde...
Les éditions Rackham sont en train d'entreprendre une série
de traductions des oeuvres des Frères Hernandez. Le premier volume,
Love & rockets X, de Gilbert Hernandez est déjà
disponible.
Une
interview
de Jaime et Gilbert Hernandez publié par la webzine Onabok
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Le dessin de Jaime Hernandez passe avec un grand naturel d'un réalisme cru
à des carricatures assez expressives qui ne cachent pas l'influence de bandes
dessinées comme Archie (Bob Montana) ou peut-être aussi celles d'Harvey
Kurtzmann (créateur de Mad magazine).

Alcool, sex, drugs & rock'n'roll...

Le dessin de Jaime Hernandez est d'un beau noir classique (façon Alex
Toth)
Ici, un drame de l'adolescence, dérisoire et pourtant innoubliable.
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