- De Valérie Berge nous ne savons
rien, sinon quelle a effectué un voyage de trois mois au Viêt-nam
en 1996 en compagnie de R. Il en est sorti deux ans plus tard, un
petit livre aussi singulier quinclassable, tiré à cent exemplaires,
comprenant un texte et des photographies reproduites en laser noir
et blanc. Une fois sur place, et devant la sensation de malaise
qui très vite lenvahit, lauteur décide de tenir un journal
et dy incorporer ses rêves indigènes. Fagots parfaitement
dissociés, que ramasse le lecteur en un tout indissociable. Tenir
un journal, aussi concis soit-il, est une façon de ne pas séloigner
de soi-même. Celui de Valérie Berge distille une rage impuissante
devant une incapacité à prendre place dans un univers autre. Grouillant,
bruyant, poisseux, trouble, qui lui répugne mais la captive. Qui
exerce sur elle des attractions et des répulsions. Quelle
décrit de main de maître. Au couteau. "Je pense au mendiant
hémiplégique qui rampait sur la route, à cet homme sans visage,
probablement brûlé au napalm, à lenfant rachitique dune
dizaine dannées vu hier. Il se déplaçait en marchant sur les
mains, son bassin avait la forme dune chips, ses jambes paralysées
balayaient le sol derrière lui. Il riait." Écrivain, Valérie
Berge lest. Et photographe, aussi. Ayant logé, trois semaines
durant, dans lhôpital ophtalmologique de Saïgon, elle y réalise
un reportage photographique saisissant, que parcourt un " oculus
" de coton blanc, barré de sparadrap qui protège et recouvre
lil atteint et opéré- de chacun des malades.
Même sil lui arrive de disparaître parfois derrière une paire
de lunettes noires. Mais comme rien nest simple avec Valérie
Berge, elle nen reste pas là et intercale dautres photos
qui exhibent une végétation noueuse, bandée, ligamenteuse, indurée.
Arbres qui sélèvent dans un enchevêtrement inextricable. Ligneux
et "obscène". Dans un Viêt-nam qui apparaît à la fois
luxuriant et convalescent. Vous aurez compris quon aime beaucoup
ce livre. Daussi loin que lon revienne, ça nest
jamais que de soi-même.
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Bruno Rochette
La chronique dAmnesty Mai 1999
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