Ambre & Lionel Tran - Une trop bruyante solitude | La génèse du projet | Repèrages photos (par Valérie Berge) | Historique du projet | Croquis préparatoires | L'ouvrage | l'image | English version | Les dessous de l'exposition

Une bande dessinée sur le monde ouvrier

Parallèlement à son travail sur le script, Lionel Tran a travaillé dans une imprimerie, ce qui lui a permis de s’imprégner du quotidien décrit par Hrabal. Une trop bruyante solitude aborde le thème de l’obsolescence. “ L’informatique a supprimé énormément de tâches manuelles. Avec elle de nombreux métiers ont cessé d’avoir du sens. C’est un sentiment violent que beaucoup de gens ressentent mais qui est rarement abordé, comme si le simple fait de l’évoquer soulignait notre propre fragilité face à ces métamorphoses. ” Hrabal a essentiellement écrit sur des expériences qu’il avait vécues. Il était indispensable d’approcher et de partager le quotidien du personnage, pour prétendre le comprendre.

Celui qui prête ses traits à Hanta est quelqu’un d’étonnamment proche du personnage décrit par Hrabal. Il s’agit d’un imprimeur qui a travaillé sur une presse à papier dans sa jeunesse. Le fait qu’il s’agisse d’un ouvrier et non d’un acteur était essentiel au projet. “ Le roman parle d’un alcoolique. Hrabal était alcoolique, dans les milieux ouvriers l’alcool a souvent été le seul moyen d’échapper à un quotidien insupportable. ”

 


 

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Un album d’une intensité rare

L’album qu’ont réalisé Ambre, Lionel Tran et Valérie Berge allie une extrême fluidité de narration à une approche graphique expérimentale. Le texte consiste en un monologue, répétitif, traversé d’images mentales. De la première à la dernière page le lecteur se trouve happé par un flot de sensations et de souvenirs d’une intensité émotionnelle rare.

Lionel Tran a opté pour une approche réaliste d’Une trop bruyante solitude. “ Le narrateur vit très peu de choses, il est souvent plongé dans ses pensées, ses souvenirs. D’où l’idée de restituer la subjectivité fluctuante du personnage dans un environnement fixe. ” Ambre a traduit cette approche d’une manière étonnante. “ Avec Une trop bruyante solitude j’ai cherché à faire quelque chose de très réaliste mais qui soit en même temps un espace mental. Nous sommes dans la tête de Hanta, dans sa perception. ”

Afin de représenter les pensées de Hanta, Valérie Berge, a cherché des lieux possédant une charge affective forte. “ Pour le passage où Hanta évoque la mort de sa mère et la destruction du vieux Prague, j’ai choisi une image prise dans les ruines d’Oradour-sur-Glane. J’ai essayé de faire en sorte que chacune des photographies soit dépositaire de souvenirs -personnels ou collectifs- douloureux. ” La lecture d’Une trop bruyante solitude est une expérience intense, dont le lecteur sort bouleversé. “ Ce qui nous intéresse dans ce roman est qu’il s’agit d’une tragédie. La tragédie est une forme de plus en plus rare aujourd’hui, comme si cela était devenu gênant, comme si on préférait détourner le regard. ”

Une adaptation littéraire exceptionnelle

Partant d’un matériau très riche, Ambre, Lionel Tran et Valérie Berge livrent un album extrêmement proche du roman d’origine. “ Notre souci était de traduire le sentiment du roman et non de l’illustrer. C’est pourquoi nous n’avons pas représenté les anecdotes que raconte Hanta. L’important est ce que ces souvenirs véhiculent émotionnellement. ” L’album suit la même progression dramatique que le roman. Une trop bruyante solitude est un monologue déconstruit qui bifurque vers un souvenir, revient en arrière. Nous nous sommes attachés à faire passer ce sentiment visuellement. ” La lecture de l’album provoque la même sensation vertigineuse que la lecture du roman.

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