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Résumé
Comment demander la main de Miss Liliane, la fille du
professeur, quand on est perdu dans le Londres embrumé de la fin du
XIXe siècle et momifié depuis trois mille ans ? Impossible, n'est-il
pas ? Et pourtant, Imhotep IV, prince d'Egypte, amoureux follement emballé,
est prêt à tout pour fuir avec sa bien-aimée les quais mal famés de
la Tamise afin de rejoindre les rives ensoleillées de son Nil natal.
Malheureusement, lorsque le destin et Sa Gracieuse Majesté s'en mêlent,
tout s'emmêle, se complique et s'embrouille à tel point qu'on finirait
par regretter le calme feutré d'un sarcophage bien rembourré. Tout en
finesse et en lumière, cette histoire romantique et drôle est une oeuvre
forte signée Joann Sfar et Emmanuel Guibert.
Interview de Sfar et Guibert
Fnac : Comment est née cette histoire d'amour…
entre vous d'abord, puis entre vos personnages ?
Emmanuel Guibert : Nous avions envie avec Joann de
collaborer, mais sans objet précis. Puis un jour, j'ai découvert sur
ma table le découpage de la première planche de la Fille du professeur.
L'idée m'a tellement emballé que j'ai réalisé cette planche en une
journée.
Joann Sfar : Au départ, j'avais proposé à Emmanuel
un récit d'Heroïc Fantasy, mais ce n'était pas sa tasse de thé.Nous
sommes alors partis sur ce projet et nous avons réalisé une dizaine
de pages, sans aucune contrainte, sans savoir où nous allions, ni
même si notre aventure pourrait intéresser un éditeur !
E.G. : Nous voulions raconter une histoire d'amour
dont les personnages ne seraient pas conventionnels, puisque l'un
des deux est mort…
J.S. : Mais cette vraie romance garde un rythme
presque quotidien, où s'enchaînent les événements sans que l'on s'y
attende. Pour les décors, nous avons choisi une Angleterre d'opérette,
de pacotille, comme celle du film Drôle de drame.
Fnac : Comment travaillez-vous ?
J.S. : Comme nous sommes très proches topographiquement
(dans l'atelier nos tables de travail sont séparées de trois mètres),
la collaboration est des plus faciles. Je découpe et dialogue la page
avant de la confier à Emmanuel.
E.G. : En qualité de premier lecteur, j'ai le
plaisir de découvrir l'histoire au fur et à mesure des péripéties.
J.S. : Jusqu'à la fin, l'histoire reste en perpétuelle
évolution. Même si j'ai l'idée d'une scène, je cherche d'abord à la
remplacer par une autre, encore meilleure. Durant toute la réalisation
de cet album, nous jouons à nous surprendre afi d'entretenir le mystère.
E.G. : Parallèlement, j'essaie de conserver ce
sens de la surprise dans le dessin, en optant pour un traitement léger.
En rupture avec mon premier album, je pratique ici le lavis de façon
plus rapide, plus enlevée. Le ton de l'histoire passe aussi par cette
technique très libre. Je fais un crayonné succinct, puis je travaille
par tâches de couleurs, par silhouettage et clair-obscur, avec un
peu d'encre et beaucoup d'eau. Pour servir le travail de Joann, je
cherche aussi à respecter le rythme de l'histoire, donc de son scénario,
en alternant des séquences complètes en camaïeux.
Fnac : Quelles sont vos influences ?
J.S. : Citer Sherlock Holmes et l'Angleterre victorienne
serait redondant… mais vrai. Sinon, comme cette histoire peut le laisser
percevoir, j'apprécie beaucoup le fantastique teinté d'humour, comme
dans les œuvres de Thomas Owen, Jean Ray ou Tim Burton. Avec cette
histoire, nous avons aussi tenté d'évoquer plusieurs genres cinématographiques
: des comédies à l'anglaise aux premiers films à suspense d'Alfred
Hitchcock en passant par Marcel Carné ou même les classiques des films
d'horreur de l'Universal, dont l'inoubliable Momie, avec Boris Karloff.
E.G. : En réalisant cet album, j'ai cultivé mon
goût pour les films burlesques d'Harold Lloyd et Buster Keaton. J'ai
pu également me remémorer les cours du célèbre professeur égyptologue,
Edgar P.Jacobs. Et j'ai gardé la douce image de Mary Poppins pour
donner un peu de grâce à Liliane, la fille du professeur.
Critique
Une momie s'évade du British Museum. Ça se passe à la
fin du XIXe siècle, sous le règne de la reine Victoria, et la momie
est celle d'Imhotep IV, pharaon trente-deux siècles plus tôt. C'est
l'amour qui lui a donné la force et la complice pour mener cette évasion
à bien: la fille du propre directeur du musée l'a aidée. Mais la jeune
femme et la vieille momie ont des difficultés pour vivre simplement
leur passion : les familles s'en mêlent. Imhotep III et le directeur
du British Museum n'ont pas forcément dans cette histoire le même intérêt
que leur progéniture.
Dessiné par Emmanuel Guibert ( né en 1964) sur un scénario
de Joann Sfar (né en 1971), cette aventure frappe par la sobriété de
sa réalisation : les dialogues sont brefs, les (grandes) vignettes créent
chacune à leur façon une atmosphère très particulière, de sorte que
l'ensemble baigne dans une plaisante étrangeté.
M.L.
Critique
La fille du professeur de Guibert et Sfar (Dupuis, collection
Humour Libre) Heureusement que les associés et leur 'satellites' (David
B. et Sfar entête) sont là pour donner du sang neuf aux éditeurs classiques.
Cette fois ci, on a carrément droit à une des meilleures BD 1997 voire
carrément à un petit chef oeuvre. Sur un scénario truculent de Joann
Sfar, Emmanuel Guibert (qui réalise les souvenirs d'Alan Coope dans
le Lapin) montre toute l'étendue de son talent avec un dessin en couleur
moins vaporeux que pour son travail pour le Lapin mais tout aussi efficace.
Ces dessins très "délavés" et le travail soutenu sur les tons sombres
renforcent l'impression qu'on a la lecture de l'album d'être plongé
dans un vieux film d'aventures ou l'humour est omniprésent. Un travail
graphique exceptionnel au service d'un scénario classique (romantique
sans être mièvre) mais bien mené et qui doit beaucoup a la présence
de personnages très hauts en couleur (comme justement la fille du professeur
ou encore Imhotep III).
L'histoire ? C'est inracontable mais on peut juste dire
que la fille de d'un célèbre professeur du British Muséum tombe amoureuse
d'une momie datant de l'époque des pharaons ! Quel dommage qu'un si
bel ouvrage soit completement défiguré par une couverture ridicule du
au canon de la collection 'Humour Libre' (assez faible d'ailleurs) de
Dupuis. Virez moi le directeur !
Critique
Un couple se promène dans Londres. Elle est la fille d'un
archéologue réputé. Il est son plus beau fleuron : la momie d'Imhotep
IV, pharaon décédé 32 siècles plus tôt, et toujours vigoureux grâce
aux talents de ses embaumeurs. Quand on n'a plus bu depuis 32 siècles,
la moindre petite tasse de thé vous fait un effet canon. Ivre de théine
anglaise, la pharaon provoque une rixe, qui va tout déclencher. Des
"bobbies" se présentent au domicile de la fille du professeur, qui,
pour gagner du temps, leur sert un thé drogué, lequel se révèle mortel,
les obligeant à fuir vers l'Egypte… où ils n'arriveront jamais, car
les marins "de confiance" assomment la momie, enlèvent la belle et la
livrent à un étrange capitaine couvert de bandages prêt à la cloîtrer
durant des siècles pour qu'elle tombe amoureuse de lui.
Ce n'est pas fini. Chacune des pages de ce bijou d'humour
absurde amène de nouveaux rebondissements, de nouveaux personnages.
La densité est celle des grands feuilletons populaires, l'intrigue est
foisonnante, la narration vive: pas une vignette inutile, pas un temps
mort. Les dialogues ciselés et l'humour "british" complètent le tableau
de ce livre étonnant au graphisme moderne et à l'ambiance unique, grâce
entre autres à une utilisation subtile des couleurs.
L'une des plus belles découvertes de l'année 1997.
Critique
Déjà évoqué dans ces colonnes, La Fille du professeur
est un récit rocambolesque qui détaille les agissements de la momie
d'Imhotep IV, revenu à la vie dans le Londres victorien et follement
épris de la délicieuse fille du professeur. Peu au fait des sévères
coutumes locales, Imhotep va semer une joyeuse pagaille et tomber dans
les bras de la reine Victoria.
Ce scénario un peu abracadabrant et très échevelé de Sfar
est admirablement servi par le dessin singulier d'Emmanuel Guibert,
deux transfuges de L'Association qui ont fort bien négocié leur passage
chez un gros éditeur.
Résumé-Critique
Comment demander la main de Miss Liliane, la fille du
professeur, quand on est perdu dans le Londres embrumé de la fin du
XIXe siècle et momifié depuis trois mille ans ?
Impossible, n'est-il pas ?
Et pourtant, Imhotep IV, prince d'Egypte, amoureux follement
emballé, est prêt à tout pour fuir avec sa bien-aimée les quais mal
famés de la Tamise afin de rejoindre les rives ensoleillées de son Nil
natal. Malheureusement, lorsque le destin et Sa Gracieuse Majesté s'en
mêlent, tout s'emmêle, se complique et s'embrouille à tel point qu'on
finirait par regretter le calme feutré d'un sarcophage bien rembourré.
Tout en finesse et en lumière, cette histoire romantique
et drôle est une oeuvre forte signée Joann Sfar et Emmanuel Guibert.
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Quelques planches |