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Luc Giard, roi du web
Tout d'abord, bonjour et merci d'être en train de lire ceci.
J'ai enfin pris le temps d'étoffer un peu la section de mon copain Luc. J'ai souvent répété que Luc et Benoît étaient mes mentors. En fait, je les considère comme les deux plus grands artistes vivants au Québec. Point. Rien de moins. Et c'est une grave injustice qu'ils ne soient reconnus comme tel que par une poignée d'initiés. Je pense qu'ils sont au coeur de ce qu'est le dessin. Pour ce qui est de Luc, son travail peut difficilement être jugé par son seul travail en bande dessinée. On comprend la portée de son talent quand on va chez lui, qu'on fouille dans ses piles de dessins et qu'il sort de gros rouleaux de son garde-robe avec autant de nonchalence que s'il s'agissait de vieux chiffons. Son travail prend son sens dans le contexte de la générosité, de l'abondance. Les reproductions ne peuvent jamais dégager autant que les origianux, et en expo, on est toujours obligés de faire des sélections qui court-circuitent l'aspect pléthorique de sa production. La meilleure manière de diffuser tout ça serait de faire un gros livre de dessins, mais c'est assez coton à faire passer. Les lecteurs de BD veulent surtout se divertir avec des histoires et les amateurs d'art chient encore sur le dessin représentatif, ils veulent encore juste des kotex crucifiés en ciment. Pourtant je crois dur comme fer qu'il y a quelque part du monde sensible qui se fout de ces compartiments fatiquants. Je dis souvent que le dessin est un art qui n'existe pas. Ou qui n'existe plus, assassiné qu'il est par des années d'images vides vomies par la publicité depuis 80 ans. Pour la majorité, effet pervers de cette surbondance d'images creuses et agressives, le dessin s'arrête à la chose esthétique, on en fait une lecture binaire : joli ou pas joli. Ou encore pire, on regarde souvent CE qui est dessiné plutôt que la FAÇON dont c'est dessiné. On ne sait plus lire un dessin, on n'y met plus le peu d'imagination que ça prend. Il serait peut-être temps de remettre tout ça en question, il ne faut pas se contenter de dire : « Moi j'aime pas ça les dessins tout seuls », parce que l'oeil s'est fait empoisonner par des années de télé et de pubs connes (à lire à ce propos, l'éditorial-manifeste de Frédéric Pajak dans «les cahiers dessinés numéro 1» chez Buchet-Chastel ou «Frigobox 9» chez Frémok). Aussi j'ai la ferme intention de me mettre à en faire, des livres de dessin qui ne seraient pas des produits dérivés des albums de BD. Projet à moyen terme. En attendant, Luc ne peut pas inviter tout le monde dans sa caverne d'Ali Baba. C'est ma job de scanner autant d'images que je peux (ce qui n'est vraiment pas assez) et tenter de les diffuser d'une manière ou d'une autre. Malheureusement, des fois, je dessine aussi, alors ça avance pas vite. Mais voici tout de même un peu plus de la pointe de l'iceberg.
Toujours concernant la page à Luc, n'hésitez pas à revisiter les sections où vous êtes déjà passés. J'ai ajouté du matériel pas mal partout. J'ai aussi ajouté quelques pages à la fin de mon carnet 2003 à moi. Malheureusement, il faut regarder le «slideshow» au complet avant d'y arriver.
Deuxièmement, et c'est ce qui donne son titre à ce bulletin, il y a vraiment une belle relève au Québec, et elle se manifeste vigoureusement en ce moment. Sautez-sur «Nom d'un chien», la revue du trio du même nom. «Nom d'un chien» c'est les maîtres du monde. Dans la même veine, et dans la même bande (issue du BAC en B.D. de l'université du Québec en Outaouais), il y a Cédric Plante qui a tout discrètement sorti un vrai petit chef-d'oeuvre, ça s'appelle «la gentille amibe» et il faut que tout le monde lise ça. Je ne saurais trop démontrer mon soutien à cette talle de talents ! Il y a aussi les «Smokmiit» et «Kuslak» de Boussourir de Québec qui m'ont bien fait rire, «Déroute» de Alias Pétère (dont le principal défaut est qu'il donne envie d'en lire beaucoup plus) qui est complètement zinzin. Et MensuHell, sous la houlette du dévoué Francis Hervieux s'améliore de numéro en numéro. Enfin, après une inquiétante accalmie, le fanzinat au Québec reprend du poil de la bête tout d'un coup. Mais qui pourrait douter de la vitalité de la bande dessinée québecoise en ce moment ? Avec des livres-miracles comme ceux de Michel Rabagliati, Simon Bossé, Geneviève Castrée et Grégoire Bouchard ou encore les «Cyclopes» ? Ça respire la santé tout ça. CHOUETTE ! Si vous êtes pas à Montréal (ça arrive), n'hésitez pas à commander ces bijoux chez Fichtre ! ou ailleurs.
À bientôt !
Jimmy
05 juin 2003
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